Fédération nationale de la libre pensée

31 août 2015

Au fil de la plume

L'épiscopat varois : laissez venir à moi les petits FN !

Monsieur Dominique Rey, qui fait profession d'évêque de Fréjus-Toulon, a innové avec fracas en étant le premier de sa corporation à inviter Marion Maréchal-Le Pen dans son université d'été. Le précédent est créé, d'autres pourront suivre.


Que lui soit le premier n'étonnera personne. Il n'a jamais raté une occasion d'afficher son conservatisme à tout crin, et, dans le Var, il ne fait que cultiver un terreau favorable. Ici, le poids de la Marine, et de ses officiers, dont les familles endimanchées garnissent les églises, est un élément à prendre en compte. La Royale procure un réservoir de fidèles au-dessus de la moyenne nationale. Une autre constatation éloquente : les députés varois, tous de droite grâce au Ciel, ont voté avec un bel ensemble contre la loi sur le mariage pour tous. Il ne reste plus à Leurseigneur qu'à naviguer tranquillement sur un océan d'eau bénite.


Et il le fait. Il le fait, par exemple, quand, le 21 janvier, il célèbre la messe pour la commémoration de l'exécution de Louis XVI. Comme s'en réjouit l'Action Française, « le testament du roi défunt a été lu à la fin de la messe. Cette messe a été l'occasion de prier pour notre pays ». Émouvant. Et tellement progressiste!


Il le fait en favorisant l'installation sur son territoire de communautés religieuses qui ne jurent que par la messe en latin.


En juin 2006, il fait éjecter l'aumônerie du collège de Carqueiranne qui siégeait là depuis 35 ans pour installer à sa place une antenne d'un établissement traditionaliste parisien, « Anne de Guigné ». Il s'agissait de faire un cadeau à des proches des milieux intégristes qui trouvaient l'Enseignement Catholique varois trop moderne, et qui voulaient favoriser le Groupement Anne de Guigné, école par correspondance, d'une tenue plus conforme à leurs souhaits. Le curé de Carqueiranne est en désaccord avec cette manipulation ? Pas grave, on le vire en l'accusant de malversations. C'est que quand Leurseigneur veut quelque chose, on ne discute pas.


Autre exemple de courte échelle faite aux traditionalistes, l'attribution de la paroisse de Porquerolles  à la Fraternité Sain-Joseph Protecteur en septembre 2014. Cette fraternité, originaire du Chili, ne connaît que la messe en latin, et elle est dédiée « à l'avancement du Règne du Christ par l'apostolat à la fois contemplatif et actif notamment par la catéchèse et le ministère auprès des familles ». Fermez le ban. Or, ce n'est pas la première, ni sans doute la dernière, du même genre réactionnaire, à être accueillie dans le département. On pourra citer les « Missionnaires de la miséricorde divine » qui n'hésitent pas à s'installer dans la rue pour nous évangéliser.

 

Monsieur Rey ne fait pas que commémorer la mort de Louis XVI. Il s'est également illustré en prononçant une homélie à l'enterrement du trop fameux professeur Lejeune. Le ton général en était, forcément, très résolument anti-avortement. « Parmi toutes les formes d'atteinte à la vie, s'attacher à l'enfant à naître en cherchant à masquer les traumatismes physiques et psychologiques considérables que devra supporter la femme durant toute sa vie, c'est refuser que la vie soit un don de Dieu ». Certes, certes. Que le malheureux enfant soit destiné à une vie de légume n'est pas pour Leurseigneur un traumatisme, ni pour lui ni pour les parents. C'est un don de Dieu, on doit l'accepter même si ce don est pourri.


Quand il ne mène pas croisade contre l'avortement, contre le mariage pour tous, ou contre le droit à mourir dans la dignité, Monsieur Contre se mêle de politique. De ce fait, la « séparation de l’Église et de l'Etat », très peu pour lui. Comme il doit veiller au salut terrestre de ses ouailles, il s'arroge le droit de leur dire comment voter. C'est  ce qui ressort de la lettre de février 2014 diffusée aux paroissiens avant les élections municipales et européennes. On y trouve quelques perles significatives :

  • Ils (Les élus) ne doivent pas être l'otage (NDLR : pas d'accord entre le pronom au pluriel et le nom au singulier, bravo!) d'une  idéologie ou d'intérêts personnels. C'est bien connu, l'idéologie est un truc de gauche, donc vous savez de qui je veux causer. L'avortement demeure un drame considérable, même si on cherche à le banaliser. La loi sur l'égalité homme-femme en fait un véritable droit, élargissant même le délit d'entrave à l'IVG à toutes les actions empêchant l'accès à l'information . L'égalité homme-femme ouvrant un droit à l'avortement ! Il fallait oser. On reconnaît feu Lejeune là-dedans.
  • Dans une société marquée par la sécularisation et l'indifférence religieuse, les élections offrent une occasion aux chrétiens de faire entendre leur voix […..] Les chrétiens doivent apprendre à « faire de la politique au quotidien » en mettant en œuvre de nouvelles solidarités intra-nationales et internationales, des réseaux de proximité et de fraternité… Bon, alors, vous avez compris, maintenant, pour qui vous devez voter ?

 

Toutes ces choses qui méritent réflexion ont conduit M. Rey à créer un « Observatoire Socio-Politique » qui dispense la bonne parole sur son site et qui est à l'origine du thème choisi pour cette « université d'été ». Pour le mécréant, la consultation de ce site est une sorte d'émerveillement permanent.

 

Pour revenir à cette invitation de l'héritière Le Pen, on regrettera de ne pas avoir entendu beaucoup de voix contestataires chez les cathos varois. C'est la preuve que le système Rey est bien installé. Seule l'Action Catholique Ouvrière, dont l'audience est confidentielle, a fait semblant de s'émouvoir en termes assez gentils, mais elle ne peut éviter de constater que « l'idéologie xénophobe et raciste que véhicule le Front National est incompatible avec l'Évangile ». Ah, bon ? Mais

 

où vont-ils chercher tout ça ?

Charles BOTTARELLI

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