Fédération nationale de la libre pensée

23 décembre 2016

La Raison

La Raison n° 617 (janvier 2017)

 

L'éditorial de Jean-Sébastien Pierre, président de la Fédération nationale

 

Crèches et laïcité : et pourtant « Elle tourne »


Quoi qu’en disent et qu’en pensent bien des commentateurs intéressés, de droite comme de gauche, le jugement du Conseil d’État siffle une fin de partie. Notre déclaration en dernière page, rédigée le jour même de la publication de ses conclusions est parfaitement claire sur ce point. La Libre Pensée a gagné, et gagné seule, en dépit du fait qu’un autre recours ait été déposé, à notre insu - ce qui manque d’élégance - et juridiquement trop tard. La conclusion de ce Conseil, plus haute instance juridique de la République le rappelle  : «  La Libre Pensée n’est pas la partie perdante ». Ce doux euphémisme, concession à ceux qui ne souhaitaient pas nous faire trop d’honneur, signifie que la partie perdante est la partie adverse, et c’est bien cela. La mairie de Melun, comme le Conseil Général de Vendée, ont été condamnés à verser chacun 3 000€ à nos Fédérations plaignantes.
La croisade, car c’en était une, lancée par Bruno Retailleau, Philippe de Villiers, Robert Ménard et quelques autres, avec le soutien hystérique d’organisations comme Civitas, de l’extrême- droite et, en sous-main, de l’Église catholique, va devoir replier les tentes, quitter Jérusalem et rentrer au bercail. Ils ne ramèneront même pas d’épices. Monsieur Auvinet, remplaçant de Bruno Retailleau à la tête du département de la Vendée, peut bien fanfaronner en annonçant qu’il installera de nouveau sa crèche cette année, il se trouve en position juridique défavorable et, de fait, largement lâché par ses amis et inspirateurs. De lieutenant d’assaut de la France chrétienne dans l’Occident chrétien, le voilà relégué au poste d’arrière-garde. L’Église catholique française s’est désolidarisée, ayant fait savoir que l’installation des crèches dans les bâtiments publics n’était pas une de leurs revendications. Ils ont affirmé aussi que les crèches «  déchristianisées  », ramenées au rang d’accessoires culturels, privées de Jésus, Marie, Joseph ne les intéressaient pas. On pouvait s’en douter
Le flot d’injures et de menaces qu’avait reçu la Libre Pensée en décembre 2015 a été très limité en 2016. Quelques insultes provenant manifestement d’individus représentatifs essentiellement d’eux-mêmes. Ceci prouve a posteriori que le déferlement de 2015 était concerté et organisé. Si des attaques se font jour, c’est contre le Conseil d’Etat. Elles sont de deux sortes : il y a celles qui interprètent son arrêt comme une nouvelle loi et non comme ce qu’il est, à savoir une jurisprudence, et celles d’extrême-droite catholique qui lui reprochent de méconnaître la tradition chrétienne de la France. Rappelons-le aux premiers qui n’ont comme souci que de minimiser la portée de la victoire obtenue : c’est un jugement, faisant jurisprudence qui, d’une part, casse les jugements favorables aux crèches et, d’autre part, rappelle l’article 28 de la loi de Séparation comme étant la règle. Pas de symboles religieux dans l’espace public, sauf dérogations festives dans la rue et pour une période limitée. Ce n’est pas un jugement mitigé. Rappelons que la rapporteure, qui est habituellement suivie par le Conseil, avait plaidé la signification multiple des crèches et leur caractère culturel.
Les autres critiques, celles de l’extrême-droite comme le site « Polemia », attaquent par le flanc de la «  démission  » du Conseil d’Etat devant l’« islamisation » contre laquelle l’enfant Jésus dans les mairies serait un rempart. On connait aussi cette petite musique catholico-raciste. Ce nonobstant, ils ont bien compris, je cite : «  En pratique, au-delà du concours de crèches ou du jour de l’arbre de Noël des enfants du personnel, les crèches semblent bel et bien interdites dans les mairies... ». Ils s’en lamentent et ils ont raison. Nous, nous nous en réjouissons, car aucun tribunal, même peuplé de calotins, ne pourra facilement montrer que l’installation d’une crèche dans un Conseil Départemental ou une mairie se justifie par une tradition ancestrale. De fait, le phénomène est très récent. C’était une provocation ultraréactionnaire et cléricale pour tenter de porter un coup à la loi de 1905. Fin de partie  ! Il faudra bien que Monsieur Auvinet, inspiré par Monsieur le Vicomte Philippe-Marie-Jean-Joseph Le Jolis de Villiers de Saintignon, le comprenne.
(...)
 

Au sommaire

 

Retour