Fédération nationale de la libre pensée

13 mars 2017

France-culture

La Libre Pensée sur France Culture - Dimanche 12 mars 2017

Interview de Keith Porteous Wood, Directeur Exécutif de la National Secular Society et porte-parole de l'Association Internationale de la Libre Pensée. 

 

 

Emission présentée par Claire Guelmani.

Cette année à Paris, en septembre prochain, se tiendra le congrès international de l’Association Internationale de la Libre Pensée.

Pour l’occasion, nous sommes allés interviewer à Londres, Keith Porteous Wood, un des Porte-paroles de l’AILP.

C’est un reportage signé David Gozlan. Keith répondra en anglais, je vous livrerai la traduction en français.

Passons à la première question :

1. Keith, qu'aimeriez-vous dire sur vous-même à nos auditeurs ?

Je suis le directeur exécutif de la National Secular Society pour le Royaume Uni depuis 20 ans.

Elle a été fondée par Charles Bradlaugh il y a 150 ans. Il a mis en place la NSS comme organisme national destiné à coordonner le travail de nombreuses sociétés laïques locales.

Bradlaugh fut par malheur célèbre pour avoir publié un livret sur la contraception, destiné aux travailleurs. Il a failli être enfermé pour cela.

Plus tard il devint un député radical. Mais bien qu'il ait gagné cette élection il fut empêché, connu comme athée avoué, de prêter le serment requis et fut dans l'incapacité d'occuper son siège.

Il fut réélu plusieurs fois avant que le Parlement finalement cède et l'admette. Il devint un parlementaire renommé. Pour l'anniversaire de nos 150 ans, nous avons installé un buste de lui au parlement. 

 Bien que la NSS était une organisation résolument athée, nous définissons maintenant la laïcité comme une lutte pour une société dans laquelle tous les individus sont égaux sans tenir compte de leur croyance ou non-croyance. Nos membres restent largement non-croyants, mais certains ne le sont pas ; il est possible d'être laïque et religieux. Je souhaite qu’il y en ait plus.

Nous sommes, je crois, le seul organisme national ou international ayant le mot "Laïque" dans notre nom, et donc nous avons toujours éprouvé le devoir de travailler internationalement pour promouvoir la laïcité. Nous gardons précieusement une photo de la délégation de notre société à Paris au congrès international de la Libre Pensée en 1905, une année symbolique.

Nous avons été très actifs dans les institutions de l'UE, et quoiqu'il advienne du Brexit nous maintiendrons nos liens très étroits avec l'Europe. Nous travaillons également aux Nations-Unies.

2. Keith, vous êtes un porte-parole de l'AILP, spécialisé dans les crimes des églises. Pourquoi pensez-vous que cette question a été aussi importante ces dernières années ?

Plus le temps passe et plus l'ampleur considérable des abus devint évidente, particulièrement dans l'église catholique, et spécialement à l'Ouest. Mais nous suspectons que cela a pu être bien pire ailleurs – pour éviter les problèmes, des ecclésiastiques incorrigibles étaient souvent envoyés dans des pays où il n'y avait pas de presse libre. 

Pendant que les organisations religieuses clament qu'elles sont des leaders moraux, elles sont prédisposées aussi à abuser des enfants confiés soi-disant à leurs soins. L'ampleur de ces atteintes sexuelles et autres violences contre des enfants est énorme. De hauts dignitaires sont de connivence en protégeant des coupables de la justice, les laissant libres de récidiver.

Ces deux facteurs aggravent les abus dont ces enfants ont déjà souffert. Ils voient leurs bourreaux échapper à la justice parce que l'Église dissimule les preuves et cela signifie souvent qu'il leur sera dénié le droit aux dédommagements qui leurs sont dus. 

Je suis convaincu que peu, sinon aucune religion n'est dépourvue de tels abus et cela parce que les ecclésiastiques de haut niveau leur ont donné à la fois l'opportunité de perpétrer ces abus et de les couvrir. L'église catholique est dans une ligue à part sur l'ampleur des abus, elle est mondiale

Et ayant leur propre mini-pays, le Vatican leur permet de cacher les preuves incriminantes aux autorités judiciaires séculières. Ils ont même refusé des demandes répétées des Nations Unies pour les divulguer.

La Société a eu quelques succès en aidant les Nations Unies à examiner le rôle du Vatican et de l'Église dans les abus des ecclésiastiques envers les enfants confiés à leurs soins.  

La conclusion des Nations-Unies a été la plus accablante que je n’ai jamais vue. Et ceci durant la papauté de François. Les gens ont au moins réalisé qu'il n'est pas le quasi-saint que l'on supposait qu'il était.

3. La NSS est présentée comme une organisation sœur de la Libre Pensée. Quels sont vos combats dans le Royaume Uni ?

Nous apprécions nos liens proches et durables avec la Libre Pensée et l'AILP. La majeure partie de la population britannique n'est pas religieuse, pourtant nombre de nos institutions sont toujours religieuses, peut-être parce que nous n'avons jamais eu une révolution ! L'Église d'Angleterre est reconnue et le Royaume Uni est unique en donnant aux évêques - 26 d'entre eux – le droit à un siège au Parlement.

Nous travaillons avec les gouvernements, les Parlements et les médias pour promouvoir la laïcité. Le plus gros problème pratique est l'éducation. Un tiers des écoles publiquement subventionnées sont religieuses et les enfants de familles religieuses et les enseignants religieux ont des privilèges injustifiés.

Nous combattons pour la liberté d'expression, mais la Grande Bretagne n'est pas aussi tenace pour la soutenir que l'est la France. Nous envions le support montré par des millions de gens, par exemple sur la place de la République, dans la foulée des atrocités contre Charlie Hebdo. Mais au moins nous sommes responsables de l'abolition de la loi sur le blasphème, mais cela nous a pris plus de 100 ans pour y arriver, ce qui fut fait en 2008.

4. En septembre prochain nous tenons le congrès IALP à Paris. Que ferez-vous à cette occasion ?

Je suis vraiment soucieux du fait que nous avons besoin de faire plus de progrès dans la lutte contre les abus par des cléricaux. Je désire que chacun tout autour du monde se reporte au Comité pour les Droits des enfants ayant subis des abus des ecclésiastiques.   

Partout nous devrions appeler pour un règlement sur le délai de prescription des cas d'abus sur enfants et pour le signalement obligatoire des abus institutionnels.

Mais ce n'est pas la réponse absolue. La France a une obligation de signalement, pourtant l'archevêque de Lyon, le cardinal Barbarin, a admis n'avoir pas suivi la loi en ce qui concerne un prêtre sous sa responsabilité, dont il savait qu'il avait abusé de scouts.

Pourtant Barbarin semble immunisé de toute poursuite, partiellement à cause du délai de prescription, mais je suspecte aussi à cause du support personnel qui lui est donné ouvertement par le pape. Cela nous dit aussi quelque chose sur le pape.  

C'est une honte que dans un pays qui a une telle histoire de fière laïcité que les ecclésiastiques semblent de nos jours être au-dessus des lois.

C'est une leçon pour nous tous de continuer à lutter pas seulement pour les principes de la laïcité mais pour leur rigoureuse application pratique.

 

Nous remercions vivement Keith Porteous Wood, porte-parole de l’Association Internationale de la Libre Pensée, Directeur exécutif de la National Secular Society.

Auditrices, auditeurs, pour ceux d’entre vous qui seraient intéressés par ce congrès international de la Libre Pensée, qui voudraient prendre contact avec nous pour y assister, voir le soutenir financièrement, nous vous donnons rendez-vous sur le site de la Libre Pensée.

Vous aurez aussi l’occasion d’y retrouver nos prises de positions.

A ce sujet je voudrais vous parler d’un communiqué de la Libre Pensée intitulé « Laïcité, César et Dieu ou le bon, la brute et le truand » :

De tous côtés, on n’entend plus que cela : « la laïcité serait une notion chrétienne ». La preuve avancée : « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu ». On trouve cette formule dans les Evangiles de Marc, Mathieu et Luc, mais pas dans celui de Jean. Constatons, une fois de plus, que la source dite « historique » de l’existence du Jésus-Christ est quelque peu divergente.

Aujourd’hui, de l’extrême-droite à la gauche, c’est le même refrain, la litanie pourrait-on dire, qui est égrené pour tenter de montrer que le Christianisme est compatible avec la laïcité (il l’aurait même inventée !) et que, par contre, l’Islam est totalement incompatible avec la Séparation des Eglises et de l’Etat.

Cette curieuse lecture de l’Histoire est donc instrumentalisée à des fins xénophobes évidentes. Elle s‘inscrit dans la théorie du Choc des civilisations, et ne peut donc qu’alimenter un conflit de guerre civile sur des bases communautaristes. Il y a la bonne « communauté », celle des bas du front rigoristes et catholiques qui ont donné la victoire à François Fillon lors de la primaire de la droite et qui pourraient la donner à Marine Le Pen aussi, et, bien sûr, la mauvaise « communauté », celle des musulmans, suspecte d’être terroriste, réactionnaire, antidémocratique par essence.

Si le Christianisme est l’inventeur de la laïcité, on se pose alors la question, incontournable : quand l’Eglise chrétienne (dans ses différentes obédiences) avait le pouvoir et qu’elle marchait sur la tête des rois, des empereurs et des peuples, pourquoi n’a-t-elle jamais mis en œuvre ce principe au cours des 1 500 ans de domination sur les peuples et Etats en Europe ? Pourquoi tous les papes n’ont cessé de qualifier la liberté de conscience et la Séparation des Eglises et de l’Etat comme « une infamie et un délire » et ont jeté contre elles l’anathème.

La Laïcité et la Séparation des Eglises et de l’Etat n’ont jamais été instituées avec le concours de l’Eglise, mais toujours, dans un combat âpre et féroce, contre elle !

Pour la République, la démocratie et la laïcité : Signez l’Appel des laïques !

 

 

Je vous souhaite un bon dimanche, libérés des dogmes, de la pensée unique et de l’obscurantisme.

 

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