Scandale à la Maréchaussée !*

(article publié sur le blog Mediapart de la FNLP)

Une nouvelle fois, les xénophobes aux petits pieds s’en donnent à cœur-joie contre les présupposés musulmans. Le Point, journal qui n’a aucun rivage à droite, publie le 6 novembre 2020 un article sur le sondage réalisé à la demande du Comité-Laïcité-République, qui en tambours et en trompettes, claironne « Pour 57% des jeunes musulmans, la Charia plus importante que la République ». Eh bien, ma bonne dame !… La même chose est reprise par Marianne, c’est l’union sacrée gauche/droite de sinistre mémoire qui refait surface.

Au risque de nous répéter, la Libre Pensée dit : quel est le problème ? On a affaire à des jeunes, sans formation achevée de leur conscience, qui sont des réceptacles à tout ce qu’ils entendent autour d‘eux, qui ne peuvent avoir un point de vue élaboré et on jette cela en pâture pour les opposer au reste de la population. C’est tout bonnement ignoble.

Que des jeunes soient révoltés contre l’ordre officiel des choses, c’est plutôt bon signe. Quelle honte que certains qui ont défilé en 1968 soient aujourd’hui de l’autre côté de la barricade de laquelle ils jetaient naguère des pavés contre les CRS. S’ils avaient été sondés à l’époque, n’auraient-ils pas dit que leur croyance à un monde meilleur était supérieure aux lois de la République du Général ? Ils veulent nous vendre la rue Michel avec ce sondage, mais ils sont restés à la rue des Francs Bourgeois, celle des préteurs sur gage. Ce sont les rois de l’hypothèque.

Pour bien insister sur le fait que les « jeunes musulmans » et les musulmans aussi sont bien différents des Français (de souche (Au secours, Marine !)), Le Point affirme : « Alors que 75% des Français se définissant comme musulmans se déclarent favorables au port de signes ostensibles [où ? à l’École ou dans la rue ? On n’en saura rien et pourtant, c’est essentiel], ce soutien tombe à 25% auprès de l’ensemble des Français ». Pourtant, le même plumitif ajoute : « 88% [de tous les Français] des répondants se déclarent attachés à la loi de 1905 [donc les musulmans aussi] ». Comprenne qui pourra.

Après « Communistes, pas Français », c’est « Musulmans, pas Français ». Qui sont les séparatistes ? C’est un véritable discours de guerre civile, les cibles sont désignées, les chargeurs sont prêts chez certains.

Comme je le disais à propos du rapport Obin de police : « Mais sur le fond, qu’est-ce que cela prouverait si c’était vrai ? Je suis un libre penseur, syndicaliste ouvrier, militant révolutionnaire et Franc-Maçon. Si je devais me trouver dans une situation où il me faudrait choisir entre ma conscience et les lois civiles qui ne me conviennent pas, je choisirais ma conscience. Sinon je ne serais pas un militant qui veut changer le monde et donc ses lois. On peut sauter comme un cabri en éructant « la loi, la loi ! », mais la loi est humaine et elle peut changer. Et la loi peut être mauvaise, réactionnaire, liberticide et il faudrait lui obéir ? »

À tous ces « bons Français », rois de la lettre de dénonciation, je préfère de loin l’islamologue et philosophe tunisien Youssef Seddik qui répond aux questions de Jeune Afrique du 6/11/2020 : « J.A. :  Le discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme a laissé les Tunisiens perplexes, puisque le Président français les a cités pour illustrer la montée de l’Islam politique et le recul de la laïcité. Ces propos ont été d’autant plus mal perçus que l’Occident a précisément soutenu les islamistes lors des Printemps arabes, notamment en Syrie et en Libye…

Y.S. :Il faut profiter du fait qu’il n’y ait pas de clergé en Islam pour que chacun choisisse le chemin qui lui convient. Nous devons procéder à une refonte complète de l’enseignement de notre histoire et distinguer ce qui est de l’ordre de la répétition incantatoire et rituelle de ce qui relève de l’histoire, du rationnel, du discutable. Rien ne nous empêche d’expliquer, dès le début de l’enseignement du Coran, qu’il y a dans le monde des attitudes de foi, révélées ou pas, différentes.

J.A : Est-ce une réponse suffisante face à la violence et aux attaques actuelles ?
Y.S. : Il faut s’attendre malheureusement à ce que ce genre d’événement se répète. Mais il convient de se demander pourquoi le ou les assassins sont le plus souvent éliminés. Ils sont un énorme document humain à même de fournir des renseignements clés. Cette attitude interpelle. Que veut-on cacher en éliminant ces hommes ?

J.A. : L’islam est en fâcheuse posture. S’achemine-t-on vers le déclin de l’islam politique ?
Y.S : C’est un oxymore, une contradiction dans les termes. L’Islam et la politique n’ont rien à faire ensemble. Il y a l’Islam et il y a la politique. La politique est une urbanité qui n’a rien à voir avec la religion. Pour rappel, la social-démocratie chrétienne était complètement laïque et totalement hors religion.

J.A. : À la lumière des derniers événements, que pensez des propos d’Emmanuel Macron sur le séparatisme ?
Y.S. : Il a fait une erreur en faisant de l’Islam une exclusivité du séparatisme. Il aurait dû dire, comme nous en avions parlé lors de sa visite en Tunisie, qu’aucun séparatisme n’était acceptable et au moins rappeler qu’il y a eu historiquement un séparatisme chrétien qui a scindé l’Europe entre catholiques et protestants. Reconnaître que le séparatisme a concerné toutes les religions, même si pour certaines il est dépassé, est aussi une manière de ne pas trahir la mémoire des peuples. Il faudrait aussi que l’on arrête de confondre islamique et islamiste ; cela relève d’une provocation inutile. »

Méditez, méditez, il en restera toujours quelque chose. La liberté de penser nécessite qu’on ait une pensée, qu’il ne faut jamais confondre avec des aboiements de chiens policiers.

Christian Eyschen

* y a eu naguère un feuilleton TV, un véritable navet intitulé » Scandale à l’amirauté « . Aujourd’hui, on assiste à un remake nauséabond où les supplétifs de toute sorte de la place Beauvau poussent des cris d’effroi (et pourtant on n’est pas à la saint-Eloi) sur un sondage totalement fabriqué pour la circonstance.

Illustration : © larotative.info/charles-martel-et-la-bataille-de-poitiers

TELECHARGEZ AU FORMAT RTF

TELECHARGEZ AU FORMAT PDF