Fédération nationale de la libre pensée

16 décembre 2015

Communiqués

La Raison interviewe Jean-Marie BONNEMAYRE (CNAFAL)

En direct avec  Jean-Marie Bonnemayre, Président du CNAFAL

– Membre du Haut Conseil de la Famille

(Interview pour la Raison de la Libre Pensée)

Le CNAFAL a apporté tout son soutien au meeting laïque du 5 décembre 2015 au gymnase Japy. La Libre Pensée a rencontré à cette occasion son Président Jean-Marie Bonnemayre.

La Raison : Tu es Président du Conseil National des Associations Familiales Laïques. Peux-tu nous présenter cette association ?

Jean-Marie Bonnemayre : L’idée de créer des associations familiales laïques, a surgi comme une évidence à partir de 1946, dans la tête des militants laïques, anciens résistants et déportés. Mais pour comprendre la volonté de créer un mouvement familial laïque, il faut partir de l’histoire de la IIIème République jusqu’à Vichy. Le mouvement familial, est dès le départ, une réaction au sens littéral du terme, contre les idéaux de 1789 et l’établissement de la République : lisons l’Abbé Talmy dans son histoire du mouvement familial : « Conservateurs et catholiques, les familiaux sont donc appelés à dénoncer un régime républicain et laïque qui, par sa politique religieuse, a désorganisé la famille ». Les hommes de la Révolution opposent à la notion traditionnelle de la famille (société religieuse, autoritaire et hiérarchisée), une conception individualiste et contractuelle, qui trouve sa  consécration dans les lois du divorce et l’affaissement de l’autorité paternelle ». « Combattue et ruinée par la révolution, la famille ne trouve ses premiers défenseurs, que dans les rangs des contre-révolutionnaires ». (SIC).

Tout est dit là et on comprend que Vichy c’est bien la contre-révolution, revanche de 1789 !  En novembre 1942, le gouvernement de Vichy accorde un statut spécial au mouvement familial : une association par canton, seule représentante de la société civile !

N’oublions pas que dès 1940, Vichy ferme les Ecoles normales, les organisations laïques sont dissoutes. L’enseignement privé et confessionnel est renforcé et largement subventionné. Avec Vichy, un tabou avait été levé ! Dès novembre 1944, la Démocrate-chrétienne, nouvellement constituée, fait campagne sur le thème de la liberté de l’enseignement et commence à structurer les parents des écoles confessionnelles pour en faire une « force de frappe ». Mars 1945, c’est aussi la date de création de l’UNAF, institution de la République, chargée de représenter et défendre les familles auprès des pouvoirs publics. Les familiaux qui ont « traversé » Vichy, s’y engouffrent.

C’est alors que le SNI (Syndicat National des Instituteurs) et la Ligue de l’Enseignement, encouragent la création d’associations de parents d’élèves, au sein de la Ligue pour défendre l’Ecole publique et laïque. En octobre 1946, un Conseil National de Vigilance des Parents d’élèves de l’Ecole laïque est créé. La Ligue de l’Enseignement met en place des Conseils familiaux de parents d’élèves de l’Ecole laïque et le 1er janvier 1947, une circulaire est envoyée aux départements pour adapter leurs statuts à la législation des associations familiales. L’idée est née là dans ces circonstances, pour « contrer » l’offensive des cléricaux.

Mais trois obstacles empêcheront l’investissement de l’UNAF, par les laïques dès 1947 :

  • Les membres actifs sont des familles constituées par le mariage et la filiation légitime.
  • L’établissement du suffrage familial pour voter en lieu et place du suffrage universel.
  • Le décret Poinsot-Chapuis, du nom du Ministre MRP, faisant transiter des fonds publics par l’UNAF, pour être distribués aux élèves des écoles privées confessionnelles.

Seule la FOL de Dordogne avec les FRANCA et le SNI, iront jusqu’au bout de la « démarche » et « investiront » avec la création des « premières associations familiales laïques », l’UDAF 24, dont ils prennent la Présidence en 1949. En 1967, le CNAFAL est créé par cette génération de militants, issus de le Résistance, André Fortané (FOL), Lucien Bonnet (Franca), Maurice Piffard (FCPE), André Lebel (Association Familiale Ouvrière).

LR : L’action familiale est le terrain de prédilection de l’Eglise catholique et des religions en général. En quoi consiste alors votre action laïque ?

JMB : Le CNAFAL est promoteur des valeurs de l’émancipation sociale, des valeurs de la République et des concepts de liberté, de justice, de paix, d’égalité ! La liberté de penser, de conscience et d’expression sont nos moteurs. Faciliter l’expression de tous, sans exclusion, contribuer à libérer l’individu de tous les facteurs oppressifs de son environnement, refuser la juxtaposition de communautés. Le CNAFAL est attaché à la Séparation de toutes les Eglises et de l’Etat, à la séparation du pouvoir politique et du pouvoir judiciaire. Il défend tous les services publics qui sont du social condensé !

Dans le champ de la famille, nous sommes pour l’égalité totale homme/femme. Nous avons mené bataille pour la reconnaissance de toutes les familles, y compris homoparentales. L’enfant a droit à une éducation laïque, c’est‑à‑dire dégagée de tous les préjugés, de tous les dogmes, pour le développement de la raison, de l’esprit critique, mais aussi par la contextualisation, en replaçant les événements dans l’histoire.

LR : Dans votre document sur la laïcité de 2011, vous sous-titrez « Laïcité-Islam : le faux débat ». Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

JMB : En effet, certains voudraient nous faire croire que l’Islam est irréductible à la laïcité et à la République. Ils ne focalisent que sur un courant fondamentaliste au sein de l’Islam, oubliant au passage, que d’autres intégrismes, ces dernières années, se sont manifestés avec force (catholique, protestant, dans le champ du droit de la famille, dans le champ de la bioéthique, dans le champ de la conception de la vie et de la mort, etc. Ils oublient que la laïcité a surgi en France, comme une évidence après 8 guerres de religion, toutes aussi barbares que la guerre actuelle entre sunnites et chiites. Ils oublient que la loi de 1905, n’interdit pas la pratique de la religion de son choix. Ce qu’elle interdit, c’est d’interférer dans les débats politiques. Ce qu’elle interdit, c’est le monopole d’une religion ! Certains reprennent les poncifs de la pire droite qui soit, comme si les pratiquants musulmans étaient irréductibles à la République et à la laïcité. Il y a d’ailleurs de plus en plus d’athées dans les communautés issues de l’immigration.

C’est en France qu’il y a le plus fort taux de mariages mixtes (28%), contre une moyenne de 10% en Europe. Quand les gens se mélangent, malgré leur origine ou leur croyance c’est bon signe pour le vivre ensemble ! De nombreuses études du CEVIPOF (Centre d’Etudes de la Vie Politique), montrent qu’en deux générations, ils rejoignent  sur le plan des mœurs, de l’éthique, de la vie sociale, le reste des français. Cibler l’Islam, comme ennemi irréductible, c’est faire le jeu de l’extrême droite… tandis que d’autres religions veulent faire de l’Islam, un levier, pour faire « péter » la loi de 1905…

LR : On comprend mieux pourquoi le CNAFAL a appelé, au grand meeting laïque du 5 décembre et pourquoi aussi l’UFAL s’y est refusé et a apporté sa toute petite pierre à tous ceux qui ont voulu saboter l’Union Laïque. Qu’est‑ce qui vous différencie avec l’UFAL ?

JMB : L’UFAL, organisation récente et opportuniste, archi-minoritaire dans le mouvement familial (déclaration de 2 000 familles adhérentes, chiffre officiel de l’UNAF) a l’habitude d’évoluer d’un bord à l’autre de l’échiquier, mélangeant différents engagements politiques, associatifs, laïques. Je ne peux oublier qu’ils ont « engendré » Riposte Laïque, ce groupuscule fascisant… Ils donnent des leçons de laïcité, mais appuient et appellent à la création  d’associations familiales musulmanes… qu’on a vu surgir à l’occasion de la Manif pour tous… savent-ils encore où ils habitent ? Qu’est-ce que l’UFAL cache et qui cachent-t-ils ? Car on rencontre à la base des militants sincères, mais manipulés.

LR : Comment le CNAFAL envisage-t-il ses relations avec la Libre Pensée ? Celle-ci est tout à fait opposée à toute résurgence d’un « collectif » qui chapeauterait le mouvement laïque, (au nom de qui et au nom de quoi ?). Pour la Libre Pensée, il n’y a ni dieu, ni césar, ni tribun et encore moins de guide suprême ou de Grand Architecte.

JMB : De nombreux Libres Penseurs sont membres du CNAFAL, depuis 4 décennies et nous nous en félicitons… Le CNAFAL détermine sa propre ligne en Assemblée générale et en Conseil d’administration, érigés en « intellectuel collectif ». Nous faisons nôtre, la formulation « ni Dieu, ni Maître, ni César », etc. Nous avons mal à « notre laïcité », lorsqu’on voit les déchirements qui règnent au sein de la « galaxie laïque ». Voir le dernier ouvrage de Jean Baubérot : les 7 laïcités.

La laïcité est recherche permanente d’un équilibre. Le CNAFAL a eu pour posture, avec son regard critique, de participer ponctuellement à des collectifs. Il regrette aussi que le CNAL vivote et ne soit pas élargi… L’éparpillement des forces laïques nous est préjudiciable… Rassembler ce qui est épars, c’est toujours notre fil conducteur et éviter les divisions artificielles, les anathèmes, les ukases. Dans le monde laïque, il ne peut y avoir de leadership…

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