Fédération nationale de la libre pensée

22 juin 2016

Communiqués

Réponse ouverte à une lettre du même type A madame Jacqueline Lalouette

Chère madame,

J’ai pris connaissance, indirectement bien que je sois mentionné dans votre lettre ouverte à Jean-Marc Schiappa, de votre missive. Et je souhaiterais vous répondre.

Votre lettre, quelque peu agressive, marque indubitablement que vous êtes blessée. Soyez sûre que je le regrette. La Libre Pensée a l’habitude, de par son histoire, au débat rugueux. Il ne semble pas que cela soit dans votre nature. Nous devrons donc en tenir compte à l’avenir dans d’éventuelles confrontations. L’argument de la force ne doit jamais remplacer la force de l’argument.

Je ne suis pas historien, ni diplômé, ni certifié, ni agrégé. Je ne suis qu’un simple titulaire d’un CAP de prothésiste dentaire. Autodidacte donc. Il en faut bien. Je ne puis donc exciper de titres universitaires qui semblent souvent être l’alpha et l’oméga dans les controverses historiques. Le diplôme vaut souvent argument.

Il n’empêche que je m’intéresse à l’Histoire, et particulièrement à l’histoire de la Libre Pensée, dont je suis un responsable depuis des décennies. Je me souviens de vous quand vous veniez au siège de la Libre Pensée. Mon ami Joseph Berny, dont j’ai été le Secrétaire général pendant de nombreuses années, m’avait présenté à vous. Je comprends volontiers que vous n’en ayez aucun souvenir. Joseph Berny vous avait largement ouvert nos archives et on ne peut pas vraiment dire que la Libre Pensée a été remerciée par le contenu de vos travaux.

J’ai bien écrit « mon ami Joseph Berny » et je l’ai soutenu jusqu’au bout contre une campagne de vilenies, comme j’ai rarement vu dans ma vie militante. Et mon ami Jean-Marc Schiappa était à mes côtés dans cette action de solidarité militante. Je comprends donc mal votre allusion perfide et blessante à son encontre.

N’étant pas historien, je ne puis arbitrer les querelles du même nom. Vous citez souvent des références religieuses, dont je pense comprendre qu’elles se veulent ironiques vis-à-vis des libres penseurs. Vous me permettrez donc de citer à mon tour saint-Irénée qui disait : « Point n’est besoin de boire toute la mer pour s’apercevoir que son eau est salée ». Votre eau est bien salée.

Toute votre « œuvre », sous couvert de fausse impartialité de l’Historienne, n’est qu’un plaidoyer à charge contre la Libre Pensée et les libres penseurs. Vous nous détestez et particulièrement André Lorulot pour des raisons qui m’échappent. « Raciste, machiste, antiféministe », la Libre Pensée ne trouve aucune grâce à vos yeux. Elle fut même un peu « collabo ». Mais vous oubliez de dire que la Libre Pensée fut une des premières associations interdites par le Régime de Vichy, à la botte des nazis. Ce qui ne fut pas le cas de l’Eglise catholique qui, elle, trouve beaucoup plus d’attraits auprès de vous. Vous aviez même déclaré dans un colloque où j’assistais que l’Eglise catholique était beaucoup plus féministe que la Libre Pensée. Il fallait oser et vous avez osé.

Il me semble que porter un jugement péremptoire sur un début de période de l’Histoire est facile quand on connait la fin. C’est à la portée du premier Inquisiteur venu. C’est tout à fait votre droit, mais l’honnêteté historique est discutable. Nous sommes ce que nous sommes et nous affichons « la couleur » sans problème et sans complexe. Mais vous madame, pourquoi avancez-vous masquée ? Serait-ce en vertu d’une recommandation du dénommé saint-Paul sur le port du voile obligatoire pour les femmes ?

Votre analyse de la naissance de l’IHEU est quelque peu surfaite. Il suffit de lire l’ouvrage que celle-ci a écrit sur sa fondation pour s’apercevoir qu’elle se présentait, à l’époque, comme la fille de l’Union mondiale des Libres Penseurs. Que cela ne fut pas du goût d’André Lorulot est une chose, mais la réalité historique est là. Ne vous en déplaise.

Vous semblez aussi détester les « trotskystes ». Vous n’aimez visiblement pas grand monde. C’est là aussi votre droit de rejoindre la longue cohorte des sbires qui ont toujours voulu accrocher à leur tableau de chasse les partisans de « Léon » Trotsky. Ils ont eu le redoutable privilège d’être pourchassés, emprisonnés et assassinés, en même temps, par les tueurs de la Gestapo et de la Guépéou. Vous êtes en bien mauvaise compagnie.

Vous agonisez d’injures André Lorulot et vous citez, toujours à charge, le refus qu’auraient manifesté deux Loges maçonniques à accepter son initiation. Je dois vous dire que votre connaissance de la Franc-Maçonnerie est des plus réduites. Vous avez une conception très catholique de la Franc-Maçonnerie. Elle n’est pas un bloc monolithique. Qu’une ou deux Loges aient refusé l’initiation d’André Lorulot ne signifie en rien que la « Franc-Maçonnerie aurait repoussé » notre infatigable camarade. Vous prenez visiblement vos désirs pour des réalités. Nul ne peut,  en Franc-Maçonnerie, parler au nom des autres. Il y autant de Maçonneries qu’il y a de Francs-Maçons. Aucun Grand Maître n’a le droit de parler au nom de tous et il ne saurait engager quiconque, autre que lui-même.

J’ai eu l’occasion de vous dire dans un colloque à Paris où nous partagions la tribune, que vous confondez en permanence les victimes et les bourreaux, les oppresseurs et les opprimés. La Libre Pensée  a eu parfois au XIXe siècle des propos violents contre l’Eglise catholique. Certes, mais qui était au pouvoir, qui tenait le haut du pavé avant la loi de Séparation de 1905 ? Le Concordat de 1801 faisait des religions reconnues des services publics et des prêtres des fonctionnaires. Où était l’oppression, où était la liberté ?

Par votre parallélisme permanent des formes, vous évitez soigneusement de répondre à ces questions. La « violence » des libres penseurs (les opprimés) répondait à la violence des oppresseurs (L’Eglise catholique). Nous ne mettrons jamais cela sur le même plan. Il ne faut pas confondre, en histoire comme en politique, les effets et la cause. C’est pourquoi, je vous répète que vous avancez masquée.

Je n’ai pas voulu être aussi long que vous et je n’espère pas vous convaincre, on ne convainc pas l’intolérance. Mais en démocratie, il est bien que les points de vue s’affrontent, cela s’appelle la lutte des classes, autre abomination sans doute pour vous. Mais elle creuse bien, la vieille Taupe.

Pour conclure, si la Libre Pensée vous a blessée dans le passé, nous le regrettons. Mais maintenant, place au vrai débat et non aux arguties, billevesées et autres borborygmes. Nous sommes prêts au débat. Et vous ?

Dans l’attente, recevez l’expression de nos salutations distinguées.

 

Christian Eyschen, vice-Président de la Libre Pensée

 Lire la lettre ouverte de Jacqueline Lalouette

 

réponse de Mme Lalouette à la demande de son avocat

 

 

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