Fédération nationale de la libre pensée

23 août 2016

Editorial

Discours de l’AILP à Bourg-lès-Valence Congrès national de la Libre Pensée française

Amis, citoyens, compagnons, camarades,

L’Association internationale de la Libre Pensée vous apporte son salut fraternel venu des 5 continents et d‘un grand nombre de pays où la Libre Pensée vit et se développe.

Depuis votre dernier congrès national, la barbarie, l’horreur des attentats, la guerre n’ont pas épargné la France. Le cycle infernal de la violence s’est déchainé et les guerres minées trouvent leurs conséquences meurtrières partout. Pour des millions de migrants, bombardés dans leur pays, rackettés par les nouveaux  marchands d’esclaves, car la Traite est de nouveau de retour, voués à la misère, à l’humiliation et à l’exploitation, la planète est souvent devenue sans visa.

L’Association internationale de la Libre Pensée apporte sa solidarité humaine à tous ceux qui sont dans les fers, la misère, la détresse et à toutes celles et tous ceux qui ont été victimes des attentats et des actes de guerres. Elle les assure de sa totale fraternité.

Notre association internationale a été fondée à Oslo le 10 août 2011 dans un pays qui venait de subir attentats et assassinats ayant fait un grand nombre de victimes. Comme je l’ai indiqué lors du grand meeting d’union laïque du 5 décembre 2015 à Japy, la Norvège ne s’est pas repliée sur elle-même, elle n’a pas cédé à la tentation de chasser « l’Autre, l’Etranger, le Migrant », elle a gardé intacte toute sa volonté démocratique et ses libertés fondamentales.

Le gouvernement français, dans une détestable union nationale qui a fini par exploser en plein vol, a choisi une autre voie, celle de la réaction, de l’état d’urgence, de la remise en cause croissante des libertés démocratiques, il a interdit la  manifestation de la Libre Pensée du 5 décembre 2015, il a tenté comme de vulgaires dictateurs, sans succès heureusement, d‘interdire des manifestations syndicales qui protestaient contre sa politique inspirée par le corporatisme catholique et tout entier à la solde du patronat.

Décidément, ce monde inquiet sent la poudre, la mort, la barbarie et l’eau bénite.

Il y a quelques répulsions à regarder le triste et affligeant spectacle de tous ceux qui utilisent des évènements dramatiques pour tenter de rester au pouvoir et pour mener leur politique liberticide. Mais la démocratie, issue de la grande Révolution française, est encore trop vivante dans la conscience des millions de citoyennes et de citoyens pour permettre que toute l’histoire démocratique de notre pays soit jetée aux poubelles de l’Histoire.

Comment aussi ne pas être révulsés, le mot est faible, par l’offensive cléricale qui entend utiliser la légitime émotion des citoyennes et citoyens contre la barbarie et  les assassinats pour tenter de revenir à une société où les papes commandaient aux peuples et où la liberté de conscience était déclarée « un délire contre laquelle il fallait jeter l’anathème » selon Pie IX et son Syllabus ? L’Eglise n’a pas changé.

Ainsi, le 29 juillet 2016, l’archevêque de Rouen Dominique Lebrun livre une interview. Il déclare en réponse à une question la cause des attentats : « Il y a un autre élément, c’est la manière dont la société considère les religions. À les mettre à l’écart, on n’aide pas. Je crois que nous sommes au bout du modèle de la laïcité qui était exaspéré ces dernières années. Jusqu’à dire que la religion doit rester dans la sphère privée. Ce qui est tout à fait faux. Ou alors je n’existe plus. Dire ça, c’est considérer qu’il n’existe pas de communauté catholique, qu’il n’existe pas d’évêque, qu’il n’existe pas de cathédrale, qu’il n’existe pas de croix sur nos chemins. C’est ce qui nous est dit. Et c’est une folie, nier la religion. Ce qui est fragile, c’est aussi ça. »

En clair, c’est, hier comme aujourd’hui, la faute à Rousseau, la faute à Voltaire. Nous pouvons compter sur notre vieil ennemi, le Vatican, pour toujours tenter de reprendre sa revanche. Pour un peu, on se croirait revenu en 1940 avec « la divine surprise du Régime de Vichy » et l’offensive cléricale de destruction de la laïcité de l’Ecole et de l’Etat. L’Eglise catholique veut profiter de la situation pour remettre en cause la loi du 9 décembre 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat qui, pour assurer la liberté de conscience, a décrété la religion comme une affaire privée du point de vue de l’Etat.

L’Eglise veut remettre en cause la Séparation, car elle ne s’est jamais satisfaite d’être Une parmi les autres. Elle prétend détenir la Vérité avec un grand V majuscule, il lui faut l’imposer à tous. Mais l’Eglise en fait toujours trop, c’est cela qui la perd à chaque fois. A l’inverse, ce réquisitoire clérical montre combien la Libre Pensée française a eu raison de combattre contre la présence des crèches chrétiennes dans les bâtiments de la République, combien elle a eu raison de faire ce grand meeting du 5 décembre pour la défense de la loi de 1905 et pour l’abrogation de la loi Debré qui en est la totale négation. Il ne faut céder ni sur les grandes, ni sur les petites atteintes à la laïcité.

La Libre Pensée a montré ce jour-là, comme bien d‘autres jours, qu’elle n’était pas seule et qu’elle savait, dans le respect de la diversité des opinions de chacun, regrouper autour d’elle pour le combat décisif : défendre la loi de 1905 qui garantit la liberté de conscience pour tous.

Si la religion n’est pas une affaire privée vis-à-vis de l’Etat, alors l’Etat ne s’arrête pas où commence la conscience, comme le disait Francis de Pressensé, Président de la Ligue des Droits de l’Homme. Cela veut dire que l’Etat et l’Eglise, bras dessus, bras dessous, sont dans toutes  les consciences et guident les volontés.

Il leur faut imposer leurs dogmes à tous, que les dogmes soient religieux ou économiques. Ils n’acceptent les élections que s’ils sont sûrs du résultat. Ils n’ont que faire des électeurs et de la volonté du peuple. Ce pays s’en est rendu compte au moment du débat sur la loi El Khomri. Mais nous, à l’instar de Jean Macé, fondateur de la Ligue de l’Enseignement, nous ne voulons pas gagner les élections, mais au contraire faire des électeurs, conscients de leurs devoirs et de leur capacité à agir comme citoyens. Et pour cela, il faut que la liberté de conscience soit assurée pour tous. Il faut donc défendre la loi de 1905.

Il faut défaire les liberticides et les laïcides de toutes natures et de tout bord. Comment ne pas être révoltés quand on entend le Ministre de l’Intérieur, sur ordre, déclarer qu’il faudrait un nouveau concordat pour « acclimater l’Islam » au drapeau tricolore. Les concussionnaires ne connaissent que les prébendes pour acheter les votes. Le ministre de l’Intérieur est même allé en visite à Lourdes, sans doute pour avoir une inspiration divine. La génuflexion de ce gouvernement ne connaît aucune limite.  On voit toute la duperie et la manipulation dans cette affaire. On connait la formule de Carl von Clausewitz : « La guerre est la continuité de la politique sous d’autres formes », la guerre, c’est aussi le terrorisme. Ce qu’ils appellent « l’Islam radical », c’est une question avant tout politique et beaucoup moins religieuse. On ne voit pas comment une disposition religieuse comme un concordat pourrait régler un problème politique comme les attentats. A moins de considérer, et c’est là sans doute leur conception profonde, que les musulmans en tant qu’entité sont responsables des attentats. C’est la responsabilité collective de sinistre mémoire.

Comme les attentats sont une question politique et une réponse barbare à la politique d’autres non-moins barbares, vouloir réécrire le Coran pour régler le problème est une vaste plaisanterie. On n’a pas eu besoin de réécrire la Bible pour contraindre l’Eglise catholique à reculer devant l’exigence laïque. Tout ce qu’il y a derrière n’est qu’un profond mépris pour ce qu’ils appellent les « musulmans ». Ils sont par nature incultes, idiots, sans discernement, barbares et incapables de s’organiser par eux-mêmes sans l’aide des « bons Pères blancs ». C’est là aussi, le mépris colonial qui refait surface, avec une bonne dose de racisme en plus.

Oui mais, étendre le statut clérical d’exception d’Alsace-Moselle est impossible juridiquement. Oui mais, faire un concordat avec l’Islam au pays de la loi de 1905 est impossible, sans contre-révolution.

La contre-révolution, c’est bien leur programme, au gouvernement comme à l’Eglise, le vice au bras du crime. Ils veulent tout défaire de la République sociale, ramener les salariés à l’état de serfs et de « biens-meubles » dans les entreprises, le curé guidant leurs âmes. La loi El Khomri leur interdisant même d’avoir une opinion et de pouvoir l’exprimer. C’est la réaction sociale et politique sur toute la ligne.

Le théologien Walter Kasper, dans un éclair sans doute de lucidité, en commentant Origène, avait dit « Jésus est la venue du Royaume de Dieu sous la figure de l’obscurité, de la bassesse et de la pauvreté ». C’est cela l’avenir qu’ils nous préparent.

Cette réaction cléricalo-gouvernementale ouvre toutes les vannes aux délires obscurantistes et xénophobes les plus délirants. Ainsi voit-on tel homme politique déclamer que pour lutter contre le terrorisme, il faudrait fusionner les pouvoirs exécutifs et judiciaires et ce, dans le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme qui a fondé la théorie de la Séparation des pouvoirs comme fondement de la démocratie ! Pour un peu, le terrorisme, c’est aussi la faute à Montesquieu !

On en voit d’autres qui rêvent d’un Guantanamo à la française où on enfermerait tous ceux qui ne sont pas « blancs et chrétiens » selon les qualifications d’une certaine dame de Lorraine qui, elle aussi, a dû entendre des voix. Mais cela devait  être en allemand, car le français, elle le parle si mal et le comprend si peu.  Il y en a même qui exigent que les corps des  islamistes soient enterrés dans des peaux de cochon. Et pourquoi pas, comme le faisaient les nazis à Berlin dans les années 1930, lâcher les cochons dans les quartiers « indésirables » pour terroriser tous ceux qui ne veulent pas manger de porc ?

Si nous n’y prenons pas garde, ce monde est en train de devenir fou. C’est pourquoi, nous devons défendre le socle de la civilisation, de la connaissance, de la science, de l’instruction, du libre arbitre et de la pleine et entière liberté de conscience. La réaction ne fera pas tourner la roue de l’Histoire à l’envers.

 

Amis, citoyens, compagnons, camarades,

Les problèmes que j’ai évoqués en France sont communs à bien des égards dans bien d‘autres pays. Nos camarades de la Libre Pensée en Pologne, en Espagne, au Portugal, en Italie et sur bien d‘autres continents sont confrontés aux mêmes problèmes. La religion est toujours au service de l’oppression.

C’est pourquoi, si nous pensons que la religion doit être une affaire privée du point de vue de l’Etat, l’opinion publique du mouvement ouvrier, démocratique et laïque ne saurait se dispenser d’une analyse et d’une critique matérialiste de la religion et des Eglises. Karl Marx disait dans sa jeunesse : « La critique de la religion est la base de toute autre critique ». Et chacun sait, ou devrait savoir, que c’est la critique de la religion qui l’a conduit inexorablement au matérialisme dialectique et au rôle historique qu’il a joué avec Friedrich Engels.

Vladimir Illich Lénine disait aussi en 1909 qu’il était très important pour les véritables révolutionnaires  « d'expliquer le rôle social joué par l'Eglise et le clergé comme soutiens du gouvernement ultra‑réactionnaire et de la bourgeoisie dans sa lutte contre la classe ouvrière ». Proudhon qui déclarait la guerre à l’idée de Dieu et Bakounine qui empruntait le même chemin n’étaient pas en reste dans la lutte contre les religions. Tous les grands penseurs des Lumières, Diderot, Helvétius, d’Holbach, Voltaire étaient aussi de fervents partisans de ce nécessaire combat dans la lutte pour l’émancipation humaine.

Guiseppe Garibaldi, le Héros des Deux mondes, que nous célébrons  le 20 septembre – Journée internationale de la Libre Pensée - était un farouche adversaire des Eglises et des religions. Il dénonçait le clergé ainsi : « Il est  comme un, il mange comme cent ». Le Libertador Simon Bolivar,  le révolutionnaire Benito Juarez étaient des combattants qui s’opposaient aux religions qui étaient entrées sur le continent dans les fourgons des colonisateurs. Thomas Jefferson, un des pères de la République américaine, refusait toute ingérence religieuse dans les affaires civiles.

Ferdinand Buisson expliquera en 1905 au moment du débat sur la loi de Séparation : « Nous nous sommes battus, nous nous battons pour savoir qui de l’Église ou de la Révolution, en ce moment aura le dernier mot en France ». Aristide Briand, au même moment, rajoutait : « Ce que veulent les Libres Penseurs, c’est que vous arrachiez à l’Église, le bouclier officiel derrière lequel elle peut s’abriter contre les efforts de la Pensée Libre ; ce qu’ils ont seulement le droit d’exiger, c’est que l’Etat les mette face à face avec l’Église pour lutter à armes égales pour pouvoir opposer enfin en combat loyal, la force de la Raison aux brutalités du dogme. »

La lutte contre la religion, ses dogmes et sa Doctrine sociale de soumission à l’exploitation est l’ADN de la Libre Pensée. C’est pourquoi, les Libres Penseurs ont toujours été fidèles à la lutte contre les dogmes et l’obscurantisme religieux. C’est ce qui  a permis à la Fédération nationale de la Libre Pensée, entre autre, de résister aux sirènes de la « laïcité ouverte » et de pouvoir agir aujourd’hui avec cette force et cette présence.

L’Association internationale de la Libre Pensée s’est constituée en 2011 en continuité et en s’appuyant sur toutes les autres associations internationales de la Libre Pensée dans le passé. Elle connaît un développement certain sur tous les continents.

A Oslo, nous avons décidé de mener trois campagnes internationales qui sont  conduites et relayées sous différentes formes sur les 5 continents. La première est pour la défense ou l’obtention partout de la Séparation des Eglises et des Etats. La seconde est contre le financement public des religions. La troisième est faite pour que Justice soit rendue aux victimes des Eglises. Chacun peut voir l’actualité, parfois dramatique, des sujets de ces campagnes internationales. Nous avons interpellé publiquement le pape sur l’affaire du Couvent de Tuam en Irlande et avons demandé à être reçu au Vatican. Je ne sais pas pourquoi, mais la réponse tarde à venir.

Par la méthode des congrès régionaux et thématiques, nos amis d’Amérique latine font un remarquable travail d’implantation de structures de Libre Pensée. En septembre 2016, le VIe Congrès de l’AILP se tiendra à Quito en Equateur. Après Mar del Plata en Argentine, Concepcion au Chili, Montevideo en Uruguay, ça sera le 4ème pays du cône sud à voir un congrès international. Et ce n’est pas fini. Comme le disent nos camarades latino-américains : il a fallu d’abord abattre les dictatures, puis construire la démocratie, enfin maintenant nous pouvons œuvrer pour la laïcité.

En décembre, l’AILP sera à Madrid en Espagne avec les laïques et libres penseurs ibériques et français, mais pas seulement. En mars 2017, nous  tiendrons  une réunion internationale à Cracovie en Pologne. Au printemps 2017, nous serons réunis à Chypre avec des libres penseurs et athées de Grèce, mais aussi du Liban, mais pas seulement.

Nous agissons aussi pour que des initiatives identiques soient prises en Afrique et en Asie dans un avenir assez proche. Nos amis des Etats-Unis, du Canada, d’Angleterre et dans bien d‘autres pays sont à pied d’œuvre avec acharnement pour la défense de la Laïcité. Nos amis de la National Secular Society au Royaume-Uni font reculer toujours davantage les privilèges des Eglises, en premier lieu ceux de la religion anglicane.

L’Association internationale de la Libre Pensée est aujourd’hui reconnue internationalement et a rang de consultante au Bureau International du Travail, grâce à l’effort inlassable de notre camarade et ami Marc Blondel. En juillet, nous avons reçu aussi le caractère consultatif au Conseil économique et social de l’ONU. Ce qui va nous ouvrir les portes au Conseil des Droits de l’Homme à Genève et à l’UNESCO.

Toutes ces actions convergeront vers le 7ème Congrès de l’AILP à Paris en septembre 2017. Ce sera un congrès important qui devra marquer la progression de l’Internationale reconstituée de la Libre Pensée. Nous comptons sur vous tous pour tout mettre en œuvre pour sa réussite.

 

L’Association internationale de la Libre Pensée vit et vivra !

La Libre Pensée sera aussi le genre humain !

 

Je vous remercie.

Christian Eyschen,

Porte-parole de l’AILP

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