Fédération nationale de la libre pensée

27 janvier 2018

La Raison

La Raison n°628 (février 2018) bientôt chez nos abonnés

L'éditorial du Président

Nivôse au balcon, Germinal aux tisons

Selon le calendrier républicain, nous sommes en pluviôse, second mois d’hiver. Les jours rallongent imperceptiblement mais, bien loin d’hiberner, La Raison est fertile en nouvelles et elle témoigne de notre intense activité.

Evidemment, et depuis quelques années, décembre et janvier sont des mois chauds pour la laïcité. Les calotins ne parviennent pas à se faire à l’idée qu’il n’y a plus de religion d’Etat en France. Ils ont pourtant eu cent douze ans pour s’y habituer, ce qui semble un délai raisonnable. Pourtant, régulièrement, il faut rappeler l’existence de la loi de 1905. Ce qui est réconfortant, c’est que les jurisprudences s’accumulent pour la confirmer. Parfois les tribunaux manquent à leur devoir, comme à Nantes où la Cour d’appel juge que vingt-cinq ans de transgression de la loi par Messieurs De Villiers, Retailleau et successeurs valent tradition populaire. Qu’un tribunal entérine le fait accompli, c’est peu conforme à l’esprit des lois. A Poitiers, nous voyons une croix disparaître fort logiquement d’un bâtiment public, et par contre, le tribunal autoriser la réinstallation d’une croix au portail d’un cimetière sur de vagues témoignages, selon lesquels elle daterait d’avant 1905. Cette instance semble avoir oublié deux choses : d’abord l’arrêt du Conseil d’Etat statuant que c’est à la municipalité qu’incombe la charge de la preuve, non aux contestants, et la seconde, que les cimetières ont été laïcisés en 1881, bien avant 1905. Le dernier mot n’est pas dit, ni à Nantes ni à Poitiers
On sait qu’à Strasbourg, un prêtre a été élu Président de l’Université. Juridiquement, rien ne s’y oppose en principe. Monsieur Deneken est Professeur des Universités, il a été régulièrement élu par le Conseil d’Administration de l’établissement. Grace au concordat, il peut être membre de l’Université en enseignant la théologie. Cette discipline étrange a peu à voir avec quelque approche scientifique que ce soit, son sujet étant la divinité, entité impalpable et inconnaissable, par construction, dirait un mathématicien. Encore une bonne raison d’abroger ledit concordat. Sa fonction de Président ne l’autorise nullement à bafouer ouvertement la laïcité de l’enseignement supérieur en usant de celle-ci pour bénir les cartables, servir des messes publiques, et autres provocations dont vous pourrez prendre connaissance dans notre rubrique « "Ainsi va le Monde". Nous y reproduisons la protestation légitime des syndicats enseignants de Strasbourg et leur adresse à la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Bien entendu, ils ont le soutien de la Libre Pensée.
L’Eglise, décidément, nous étonnera toujours. Après les détournements « légaux » de fonds publics dus aux lois antilaïques, en priorité à la loi Debré, voici les soutiens publics imaginaires obtenus par usurpation pure et simple d’identité ! Se vanter de soutiens publics que l’on n’a pas !

Vous découvrirez cette étonnante malversation dans notre rubrique "Laïcité". Ces agissements ont été rapportés au Colloque international que nous avons tenu à Metz en décembre, et qui a été riche d’interventions et de contributions.

Avec les retombées du 7e congrès de l’Association internationale de la Libre Pensée à Paris, ceci explique l’important contenu international de ce numéro : notre dossier central est consacré à l’Irlande et traite du problème « Femmes et religions » sous la plume de notre camarade Jane Donnelly, d’Atheis Irland ; le nouveau
Président d’Europea Laïca nous donne deux articles, l’un illustrant l’intrication financière de la religion et du pouvoir en Espagne, l’autre l’ambiance de guerre entretenue contre les aspirations catalanes. A travers notre rubrique "Les grandes figures de la pensée libre" nous découvrons Francis Sheehy-Skeffington et John Toland. Daniel Baril nous donne sa vision critique des liens de l’Eglise et de l’Etat au Québec, tandis que Carsten Frerk, libre penseur allemand, répond aux questions de notre journaliste, et que les responsables de la Scottish Secular Society en font de même. La place me manque pour évoquer le développement du combat antimilitariste. Comme on dit parfois : « j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle ».

Nos lecteurs s’en convaincront, avec l’infamie commise par le chef de l’Etat et l’annonce de l’érection du monument aux Fusillés sur la commune de Chauny.

Bonne lecture aux tisons !

Jean-Sébastien PIERRE,
président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée


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