Fédération nationale de la libre pensée

27 mars 2018

Publications

La Raison n°630 (avril 2018) bientôt chez nos abonnés

L'éditorial du Président

Des cultes reconnus ?

"En avril, ne te découvre pas d'un fil ». Dans le calendrier républicain, cela pourrait donner : « En germinal, garde ta cape hivernale ». Germinal évoque les germinations, du moins pour les céréales et cultures de printemps. Le colza d'hiver commence à fleurir, et sur le blé du même nom, les épis sont sortis. Le calendrier républicain a été établi à la fin du « petit âge glaciaire » et l'état d'avancement des cultures était sans doute moindre qu'aujourd'hui à date anniversaire. Germinal, en outre, évoque le grand roman social d'Émile Zola, cher à nombre de libres penseurs.

La Libre Pensée a été reçue à l'Observatoire de la laïcité, ce qui nous a permis de développer des thèmes d'une brûlante actualité. Une fois de plus, il a fallu revenir à la question des libertés publiques à propos de la soi-disant « laïcité dans l'entreprise ». Notre délégation s'est également élevée contre la normalisation du vêtement, mais aussi de la parole à l'Assemblée nationale. Déjà réduite à un rôle totalement subalterne depuis les origines de la Ve république, ce serait également un lieu où la liberté d'expression serait contrainte par on ne sait quelle bienséance ?

Christian Eyschen rappelle dans son intervention que jamais nous n'avons mis en cause le droit de Christine Boutin à brandir la Bible à chacune de ses interventions, pas plus, bien que cela ne se soit jamais produit, que le droit à brandir Le Capital ou tout autre signe d'appartenance. En République, il n'est pas interdit d'être anti-républicain. En République laïque, il n'est pas interdit d'être religieux. Il ne doit jamais être interdit de défendre ses idées, mêmes si elles peuvent paraître choquantes au plus grand nombre. La démocratie ne consiste pas à écraser les minorités ni à les réduire au silence. Libres penseurs, nous sommes évidemment pour la confrontation des idées, pour la liberté d'expression, particulièrement au Parlement. Que peut-être un Parlement sinon un lieu de débat ? Ce qui se profile, sous couvert d'une neutralité qui n'a pas lieu d'être, c'est l'ordre moral et la censure.

Nous y revenons, dans ce numéro dans la rubrique « Ainsi va le Monde ». Nous y faisons également état d'une nouvelle entorse, et des plus graves, à la loi de 1905. Pour gérer les relations entre l'État et les cultes, voilà que, sur la base du rapport FONDAPOL, le gouvernement Macron aurait à définir un ensemble de « cultes représentatifs ». Ma plume et ma voix sont usées à force de citer l'article 2 de la loi de 1905 : « La République ne reconnait, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Aucun : le mot est pourtant simple et son sens est limpide. Aucun : cela veut dire qu'il n'y a pas de culte meilleur ou plus officiel qu'un autre. Aucun : la religion relève de la sphère privée, et l'État se garde de toute ingérence dans les affaires des cultes. On a déjà connu un manquement à ce principe, lorsque l'Etat s'est mêlé d' « organiser » le culte musulman pour fonder un « Islam de France ». Nous avons alors rappelé à quel point cette initiative ressemblait à la création du « consistoire juif » par Napoléon Premier après le concordat de 1806. On y reviendrait ?

Il y aurait en plus des critères de bons et mauvais cultes solubles ou non dans la République : le nombre de fidèles, le degré d'organisation institutionnelle, mais aussi le respect des valeurs républicaines. Ni les religions, ni les individus, n'ont à respecter les valeurs républicaines. Ils ont à respecter la loi de la République. « La République assure la liberté de conscience », article 1er , l'usure de ma plume s'aggrave. Le rapport du think tank FONDAPOL ajoute cette grave question : « Comment utiliser les religions au service du bien-être social de la population ». La réponse est hélas connue : en fait de bien-être social, c'est de misère et de charité qu'il s'agit. Les religions s'y épanouissent et les multiples associations caritatives sont invitées à suppléer le désengagement social de l'Etat, tandis que la misère s'accroît. Qu'y-a-t-il de moins laïque que cette suggestion ?
La vie est faite d'avancées et de reculs. Voici que la décision de la cour d'Appel de Nantes d'autoriser la crèche du Conseil Départemental de Vendée a été entérinée par le Conseil d'État. Vous prendrez connaissance de notre déclaration en page 14 de notre journal. Voilà que la transgression de la loi de 1905 par MM. Philippe de Villiers, Retailleau et successeurs devient tradition populaire festive, parce qu'elle dure depuis plus de 25 ans. Voilà un encouragement à la stratégie du fait accompli, et une différenciation juridique du territoire. Ce qui est insupportable à Lyon, Béziers, Hénin-Beaumont et Melun serait naturel en Vendée. Nous en reparlerons.

Jean-Sébastien Pierre,
Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée
 

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