Fédération nationale de la libre pensée

28 juin 2018

Editorial

Un Président de la République au Vatican, ou un chanoine catholique à l'Elysée ?

En 1980, Jean-Paul II  s’exclamait : « France, qu’as-tu fait de ton baptême ? ». L’Eglise a trouvé un nouveau parrain : Emmanuel Macron qui a répondu en s’asseyant sur la stalle du Chanoine de Latran. Il persiste et signe sa volonté de faire revenir l’Eglise catholique dans les affaires de la République française dans sa conférence de presse du 26 juin 2018 : « le lien entre la France et le Vatican est un lien dont l’histoire est singulière, la cérémonie du Latran l’a rappelé, mais dont l’actualité est vivace. »

Jean-Paul II, Benoit XVI, le pape François, nous connaissons ces papes qui vivent tournés vers le passé où l’Eglise catholique imposait à l’Europe, aux rois, aux princes et aux peuples, la peur et l’obscurantisme. La France a rompu avec les dogmes d’abord en 1789, en 1871 puis définitivement le 9 décembre 1905, à travers la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat. Pourquoi alors le Président de la République s’ingénie-t-il à répondre ou à devancer les appels du Vatican ?

D’Aix-La-Chapelle au Vatican : Emmanuel Macron, un homme du passé

Une semaine après son élection en mai 2017, le Président de la République, Emmanuel Macron, accepte de recevoir le titre de « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran », héritage des rois de France. Le 26 juin 2018, il est intronisé et prend le titre, le soir il tient une conférence de presse où il s’explique. En l’acceptant, Emmanuel Macron foule au pied les valeurs de la République, mais aussi l’héritage de la Révolution française. Le fait de citer, lors de la conférence de presse, le scribe de la contre-Révolution française, François Furet en dit long sur la méconnaissance du Président sur la réalité de la Révolution française de 1789.

Sur le titre de Chanoine, rappelons que « Sur les instances du cardinal d'Ossat, Henri IV, par « pure libéralité » et « pour les obliger de prier pour lui », donna aux chanoines les revenus de l'abbaye de Clairac, dans l'Agennais, sécularisée depuis le passage des moines à la Réforme en 1565. (…)« Cette fondation, avait dit d'Ossat au roi, vous vaudra à Rome autant comme deux ou trois cardinaux à votre dévotion et service. » (Paul Fiel. Le Chapitre du Latran et la France)

Emmanuel Macron regarde lui aussi vers ce passé faits de rois, d’évêques et de privilèges. Son discours du 26 juin 2018 à Latran fait référence aux Rois, à ces moments où la liberté de conscience, les sciences et les connaissances étaient emmurées par l’Eglise. Emmanuel Macron comprend l’échange de services en glorifiant le passé de l’Eglise. Il justifie ainsi toute sa politique sociale faite pour une caste de privilégiés, il déclare lors de la remise du prix Charlemagne qu’il reçoit à Aix-La-Chapelle le 10 mai 2018 : « Nous devons faire des réformes en profondeur et des transformations pour baisser la dépense publique qui est la seule condition pour avancer dans cette Europe ». Et un de ces « commandements » est de dire « N’ayons pas peur », en référence certainement au réactionnaire Jean-Paul II.

Sainte-Alliance de la Calotte et des calotins contre la démocratie et la République

Le titre est annoncé comme honorifique, mais les chanoines de Latran dont « le trait distinctif de leur vêtement est qu'il est composé d'une soutane complètement blanche, d'une large ceinture, d'une courte pèlerine couvrant les épaules (la mozette) et d'une calotte » restent un ordre inféodé à la hiérarchie ecclésiastique. En somme, Emmanuel Macron, Président de la République, est aux yeux de l’Eglise son serviteur.

La Fédération nationale de la Libre Pensée l’a déjà indiqué dans un précédent communiqué : « Que va faire Emmanuel Macron en matière de bioéthique et de fin de vie ? Personne n’en sait rien, même  peut être ne le sait-il pas lui-même. Emmanuel Macron a dévoilé aussi qu’il avait eu la même conception que l’Eglise catholique quand il a fondé En marche ! : refonder le politique. Oui, mais sur quelles bases ? Son projet se dessine de plus en plus : la réaction sociale, le corporatisme, la remise en cause de la loi de 1905, aggraver la loi Debré, l’assujettissement croissant de la société à la banque et au capitalisme. »

Si le déplacement d’Emmanuel Macron et l’acceptation du titre de Chanoine piétinent les principes et valeurs de la République, c’est bien que le locataire de l’Elysée égrène des références plus qu’équivoques : Bernanos, Mounier,… Mieux, il les a mis en pratique avant l’heure : « Je dis « mettre en marche », car si l’on peut atteindre la monarchie, la démocratie apparaîtra toujours, au contraire, comme l’expression d’une orientation, le sens d’un mouvement. Plus il y aura de citoyens pleinement conscients et responsables, mieux sera réalisé l’idéal démocratique ; mais, pour commencer, il n’est pas besoin d’une majorité numérique, il suffit d’une majorité dynamique. » (Lettre de Marc Sangnier au directeur de l’Action Française, Henri Vaugeois. Cité dans la Démocratie chrétienne de Charles Maurras).

Laïques (partisans de la laïcité), en aucun cas.
Laïc (serviteur de l’Eglise sans soutane), absolument !

Hier, après le discours du Président de la République aux Bernardins, Olivier Ribadeau-Dumas, le secrétaire général de la Conférence des Evêques de France, résumait : « Nous avons entendu la main tendue du Président de la République aux catholiques. Dans son discours, il y avait la reconnaissance de la place du catholicisme dans notre pays comme une évidence historique et l’affirmation que les catholiques ont un rôle à jouer dans la cohésion sociale ».

Justifiant la sortie de grève de sa Fédération de cheminots, le clérical Laurent Berger, Secrétaire de la CFDT, reprend les poncifs traditionnels  de la Doctrine sociale de l’Eglise : « la mobilisation syndicale ne se mène pas simplement par la grève », une autre façon de dire qu’il faut savoir arrêter une grève. C’est bien la démocratie sociale, politique et la République qui sont menacées !

Les devoirs de Macron, serviteur de l’Eglise catholique

Emmanuel Macron, poursuit son pèlerinage pour « réparer » le lien entre l’Etat et l’Eglise. Tant devant la conférence des évêques de France, quand il affirme  « qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un Président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir » (Discours d’Emmanuel Macron aux Bernardins), il propose une « alliance » qui nie l’article Ier de la Loi de 1905 : « les institutions politiques n’ont pas les promesses de l’éternité ; mais l’Eglise elle-même ne peut risquer avant le temps de faucher à la fois le bon grain et l’ivraie. Et dans cet entre-deux où nous sommes, où nous avons reçu la charge de l’héritage de l’homme et du monde, oui, si nous savons juger les choses avec exactitude, nous pourrons accomplir de grandes choses ensemble. »

Le discours d’E. Macron, dans la cathédrale de l’évêque de Rome, après avoir communié sous les dorures et hospices de l’Eglise, met en avant les méfaits qui se préparent contre la République. Dans sa conférence de presse, il revient sur la neutralité induite par la loi de 1905 dont il serait « le garant » après l’avoir foulée au pied les heures d’avant. Du jésuitisme, il en a tiré l’Esprit.

Corporatisme et Cléricalisme sont les deux mamelles du macronisme !

Emmanuel Macron a plus qu’édulcorée le principe de laïcité, répondant à l’assertion du pape François : "En France, la laïcité a une coloration héritée des Lumières beaucoup trop forte, qui construit un imaginaire collectif dans lequel les religions sont vues comme une sous-culture". La Loi de 1905 est clairement visée. La laïcité doit être affaiblie et fragilisée dans ses principes et applications pour pouvoir dynamiter la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat.

Il y a les discours, et les faits : Mise en place d’une cellule par l’Elysée pour réorganiser le culte musulman, réception du titre de Chanoine de Latran, participation des hautes autorités de l’Etat aux cérémonies religieuses sont autant de manquements  et contraire à « la Séparation de 1905 Conception [qui] porte en effet en elle une autre conception de la laïcité, une conception positive, démocratique et dynamique ». (JP Scot)

Monsieur le Président de la République, il ne peut y avoir deux laïcités. Il n’y a qu’une loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, il suffit de l’appliquer pour garantir la liberté de conscience de TOUS les citoyens, quelle que soit leur appartenance philosophique, religieuse ou politique.

Laïques, la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat doit être défendue !

Nous l’avons déjà écrit, un mauvais coup se prépare contre la Loi de 1905. Nous appelons les laïques à se préparer à l’action pour défendre la loi de 1905. Les laïques sont prêts à défendre cette loi de concorde, d’égalité et de justice. Déjà, en décembre 2015, plus de 10 000 militants et responsables lançaient en décembre 2015 l’Appel des Laïques qui concluait ainsi :

Nous, militants de la cause laïque, appelons à la plus grande vigilance contre toute tentative de détourner la laïcité de ses objectifs. En cette date anniversaire de la loi de 1905, nous en appelons au respect plein et entier de ses principes fondateurs. La laïcité organise l'espace public et donne sens à la citoyenneté républicaine qui garantit la démocratie. Ce n'est ni une police de la pensée, ni une option phiosophique parmi d'autres valeurs particulières.

La loi de 1905 est une loi de liberté qui permet toutes les autres libertés. Elle doint donc être préservée.

Pour la défense de la loi de 1905 de Séparation des Églises et de l’État :

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