Fédération nationale de la libre pensée

20 juillet 2018

France-culture

La Libre Pensée sur France Culture - 8 juillet 2018

 

 


David Gozlan : Elbio, pourriez-vous vous présenter ?

Elbio Laxalte : Tout d’abord un grand bonjour à tous les amis de la Libre Pensée en France et dans le monde.
J’ai 67 ans et suis maintenant à la retraite après avoir travaillé comme économiste spécialisé en télécommunication. J’ai été réfugié politique en France entre 1979 et 1985. Je suis surtout un libre penseur.

D.G. : Qu’est-ce que l’Association Internationale de la Libre Pensée ?

E.L. : La Libre Pensée, tous ceux qui écoutent cette émission le savent certainement, a une longue tradition. Dans cette longue tradition il y a eu des organisations qui ont regroupé les libres penseurs autour de certains buts et objectifs. L’AILP a, en quelque sorte, reçu cet héritage et depuis 2010 lors d’un congrès à Oslo, elle a rassemblé plusieurs associations à travers le monde qui ont des points communs. Ce sont des associations particulièrement humanistes dans le sens où elles mettent l’Homme au-dessus de tout et parce qu’elles développent des valeurs et des principes basés sur la liberté de conscience, la liberté de penser. Ces associations sont libres de tous dogmes religieux et politique et font abstraction de tous critères de nationalité, de race, de sexe.
La Libre Pensée se différencie par le fait qu’elle prône la paix, l’unité des peuples et une liberté de penser.

D.G. : Cette AILP agit et essaie de se développer dans certains pays. L’année dernière, en septembre 2017, s’est tenu le 7ème congrès de l’AILP. Qu’en avez-vous pensé ?

E.L. : Effectivement, après le congrès de fondation à Oslo il y a eu des congrès à Mar del Plata en Argentine, à Conception (Chili), à Londres, à Montevideo (Uruguay), à Quito (Equateur) et à Paris.
Le congrès de Paris était de loin le congrès le plus symbolique ou le plus emblématique parce que l’on sait que c’est en France que la Libre Pensée s’est développée. La colonne vertébrale de la Libre Pensée est toujours passée par la France.
Je crois que ce congrès était très emblématique.
Il y a eu des camarades libres penseurs de partout dans le monde. Ce fut un congrès très important qui à mon avis a marqué une étape de son développement sur une base très solide.

D.G. : Concernant cette base très solide comme vous l’avez dit, l’AILP mène depuis Oslo trois campagnes essentielles :
- justice pour les victimes des crimes des Eglises : cela se voit dans différents pays et notamment nous en France avec la protection dont bénéficient les responsables ecclésiastiques sur des affaires de pédophilie notamment.
- séparation des Eglises et de l’Etat : nous nous avons la loi de 1905 mais c’est un combat de tous les jours à la fois pour nous et pour d’autres
- contre le financement public des religions

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur chacune de ces campagnes ? Comment sont-elles perçues, comment sont-elles incarnées ?
E.L. : Pa exemple la campagne contre les victimes des religions et en particulier en occident les crimes de l’Eglise catholique contre les enfants : elle est passée par différentes étapes dans différents pays. Ce qui est intéressant c’est qu’au début on nous disait que c’était de la haine contre l’Eglise. Aujourd’hui, elle a commencé à se développer car les mêmes citoyens, abusés à une certaine époque, ont commencé à dénoncer ! Il est très clair maintenant que l’Eglise catholique en tant qu’institution a été complice des gens qui ont commis ces crimes et a essayé de les occulter.
Aujourd’hui, le fait que les victimes commencent à parler provoque une crise dans certains pays. Par exemple au Chili ces derniers jours, un grand nombre d’évêques ont du renoncé non pas par ce qu’ils risquaient d’être accusés de pédophilie mais parce qu’ils avaient occulté la présence de pédophiles dans leur rang.
C’est l’opinion publique qui a mis l’institution catholique face au mur.

D.G. : Sur la séparation des Eglises et de l’Etat ?

E.L. : La séparation des Eglises et de l’Etat est un thème central du travail de la Libre Pensée parce que si l’on veut renforcer la démocratie il doit y avoir séparation entre les Eglises et l’Etat. L’espace public doit être l’espace des citoyens et pas l’espace des corporations religieuses, idéologiques et même économiques. L’espace public doit être l’espace du citoyen, avec sa liberté de conscience et pas le représentant d’une idéologie.

Concernant le financement public il y a une grande polémique pratiquement dans tous les pays parce que l’Eglise catholique, par exemple, veut obtenir de l’argent à tous prix à partir de son travail social ou à partir de l’enseignement.
En Uruguay par exemple, on a séparé l’Eglise et l’Etat plus ou moins à la même époque qu’en France et jamais jusqu’à présent l’Eglise ou ses institutions n’ont reçues de subventions de l’Etat. Par contre, aujourd’hui il y a une espèce de brèche et on voit apparaitre des subventions de l’Etat à droite, à gauche au profit de l’Eglise. Nous luttons contre ça.
Dans les autres pays cette lutte se met également en place car en fait l’Eglise est très riche, n’a pas besoin d’argent et cet argent public pourrait très bien aller à des actions sociales qui en ont énormément besoin.

D.G. : Elbio, vous avez une place particulière dans l’AILP car vous avez été l’un des initiateurs de la journée internationale de la Libre Pensée qui a lieu le 20 septembre. Pourquoi ce jour, et quelle est la philosophie de tout ça ?

E.L. : Le 20 septembre est une date très particulière pour les libres penseurs : en 1870, le 20 septembre, il y a eu une grande lutte en Italie pour l’unité du pays. L’Italie était occupée par différents pays et la partie centrale où se trouve Rome était gouvernée par le Pape. Les forces révolutionnaires italiennes, avec Garibaldi et Mazzini, étaient en train de lutter pour l’unité de l’Italie et pour cela il fallait prendre Rome pour en faire le symbole de l’unité italienne. Pour cela il a fallu attaquer Rome et il y a eu le célèbre épisode de « la brèche de la porte Pia » par où sont rentrées les forces révolutionnaires qui ont pris le Vatican. Le 20 septembre 1870 le pouvoir politique et temporel de l’Eglise sur ce territoire prend fin.
C’était un symbole. Le symbole du triomphe de la liberté.

D.G. : Ce 20 septembre, en Uruguay, a une résonnance particulière.

E.L. : Oui. C’est un jour férié officiel.

D.G. : Le 20 septembre que faites-vous ?

E.L. : Nous avons un monument dédié au 20 septembre à Montevideo, le seul d’Amérique latine il me semble, nous avons une rue du 20 septembre et nous avons une association dont je suis le Président. Nous faisons toujours un meeting ce jour-là.

D.G. : Elbio voulez-vous ajouter quelque chose à l’intention de nos auditeurs et des libres penseurs qui nous écoutent ?

E.L. : Aujourd’hui nous soutenons très fortement les luttes des femmes. Chez nous, comme partout dans le monde, travailler pour la libération des femmes c’est travailler pour la libération de l’Homme. La Libre Pensée a connu de grandes femmes libres penseuses et il existe un livre très intéressant à ce sujet.

Le 29 juin nous avons fait une conférence sur la femme et la Libre Pensée. Nous avons expliqué pour les combats des femmes et ceux de la Libre Pensée sont les mêmes.

D.G. : Vous avez des noms de femmes à nous donner ?

E.L. : Je peux vous en citer deux : Belen de Sarraga, une espagnole qui a parcouru tout le continent latino-américain, depuis l’Uruguay jusqu’au Mexique en diffusant les idées de la Libre Pensée. Elle a habité pendant 4 ans en Uruguay et a édité un journal très important pour le mouvement des femmes au début du siècle. En 1907 le divorce sur la seule volonté de la femme est autorisé ! C’était le seul endroit au monde où une femme pouvait demander le divorce sur sa simple volonté.

Une autre femme remarquable chez nous : Paolina Luisi
C’était la première femme chirurgienne. Elle a travaillé pour le vote des femmes qui ont obtenu le droit de vote en 1927.

D.G. : Avant la France !

E.L. : C’est pourquoi nous souhaitons défendre, diffuser et approfondir ces combats.
On a conquis l’avortement, les mariages égalitaires, le droit des enfants de porter le nom de leur père et/ou de leur mère. Ce sont des conquêtes progressistes.

D.G. : Elbio merci. Je vous annonce deux colloques :

- Tunis - en septembre 2018 sur « La loi et le sacré »

- Séville - 2020 sur « Ecole et enseignement laïque »

 

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