Fédération nationale de la libre pensée

26 août 2018

Communiqués

Discours de l’AILP au Congrès de la Libre Pensée française

Chers amis,

Chers camarades,

Je vous apporte le salut fraternel de l’Association internationale de la Libre Pensée. A l’audition des nombreux messages internationaux de différents pays,  qui nous ont été lus à cette tribune comme chaque année, vous avez pu percevoir, à la fois l’audience internationale de la Libre Pensée française et aussi que celle de notre Internationale qui se développe régulièrement.

Nous avons tenu l’année dernière, en septembre 2017 à Paris, notre 7e Congrès mondial. Il a été un succès, tant qualitativement que quantitativement. Je vous invite à vous procurer à la Librairie de ce congrès, les Actes que nous avons publiés en français. Ils sont aussi disponibles numériquement en anglais et en espagnol. Ce sont les trois langues dites « officielles » de l’AILP.

Nous avons traité lors de ce congrès, trois thèmes principaux : la lutte pour la Séparation des Eglises et de l’Etat, la défense des Sciences et la question de l’égalité des droits pour les femmes sur tous les continents. Bien entendu, nous avons aussi abordé deux autres campagnes permanentes de notre action internationale : le financement public des religions, que nous appelons « l’économie pourpre », la couleur vous évoquera sans doute quelque chose. Et la campagne que nous menons dans les instances internationales contre les crimes des Eglises. Campagne, dont malheureusement l’actualité est toujours aussi dramatique. Nous avons d‘ailleurs écrit au Garde des Sceaux pour l’interroger sur les raisons d’un éventuel report du procès de l’archevêque Barbarin, Primat des Gaules, pour, je cite, on est prié de ne pas rire : « des difficultés de traductions ». Nous attendons encore la réponse.

Il n’est jamais interdit de faire la promotion de sa propre histoire. Aussi, je vous conseille de vous procurer l’ouvrage de Louis Couturier sur l’Histoire des Internationales de la Libre Pensée. C’est une somme et cela n’avait jamais été fait auparavant.  Il y a vraiment des choses éclairantes pour notre action de tous les jours. Ainsi est publiée une intervention de Belin Sarraga, Députée aux Cortés d’Espagne, au congrès international de 1902 à Genève, où elle plaidait pour l’égalité des droits pour les femmes. Je cite : « Là où s’exerce la tyrannie, l’intelligence prépare sa vengeance. Craignons tout de ce féminisme qui ne se développe qu’avec l’aide des femmes, il inverse les termes du problème, pousse un sexe contre l’autre et lorsqu’il triomphe, il jouit davantage en manifestant du mépris qu’en élevant la femme, en la faisant fraterniser avec son compagnon dans la vie. De là naissent ces exagérations dans lesquelles, dans certains cas exceptionnels, se manifeste le féminisme en recherchant, non pas l’égalité des sexes, ce qui n’est que justice, mais la supériorité de la femme sur l’homme. »

Toute ressemblance avec quelques lubies entendues ici ou là dans le passé, ne saurait être fortuite, mais bien volontaire.

Nous avons débattu lors de notre dernier Conseil international de l’AILP de la question de la violence et des religions. Nous avons pu majoritairement nous mettre d’accord sur un certain nombre de principes. Vous trouverez notre Résolution sur cette question dans les Actes dont j’ai parlé précédemment. La Libre Pensée est une méthode, pas une doctrine et surtout pas un sectarisme avec œillères.

Si nous combattons pour la stricte Séparation des Eglises et de l’Etat, qui inclue une délimitation nette entre les sphères publiques et les sphères privées, nous n’entendons pas que la laïcité ne soit qu’une somme d’interdits, en dehors de ce qui ressort de l’intérêt général : la gestion de la sphère publique.

Nous sommes contre  la présence, ostensible et ostentatoire de signes religieux dans la sphère publique. Mais, il y a des choses que nous ne saurions oublier :

  • C’est la Grèce des colonels qui a interdit en 1967, les cheveux longs et les minus jupes.
  • C’est le Chili de Pinochet qui a interdit aux femmes de porter le pantalon en 1973
  • Ce n’est que depuis le 31 janvier 2013, qu’est abrogée l’ordonnance qui prohibait le port du pantalon pour les femmes, par  la Préfecture de police de Paris le 17 novembre 1799, prise par le Consul Bonaparte  après son entrée en fonction, le 9 novembre 1799. C’était l’urgence d’évidence !

Quand la tyrannie se mêle de tout, l’intelligence prépare sa revanche. On a célébré la grève générale et le mouvement des étudiants de Mai-Juin 1968 cette année, à juste titre. Contre la tyrannie étouffante et l’oppression gaullienne, 1968 a ouvert la voie de la révolte. En 1972, deux mille élèves de Béthune dans le Pas-de-Calais se révoltèrent et se mutinèrent contre l’ordre établi : le Proviseur de l’établissement avait interdit les cheveux longs pour les garçons et le port du pantalon pour les filles.

Si les règles de la neutralité et la laïcité doivent s’appliquer dans la sphère publique, gardons-nous de céder aux sirènes de ceux qui veulent tout réglementer, tout régimenter, tout ordonner, afin que tout le monde obéisse aux ordres. Comme le disait le grand Hugo : « Ces gens-là veulent mettre un gendarme, partout où il n’y pas un jésuite ». Et les Jésuites, en soutane ou en civil, ce n’est pas ce qui manque en ce moment : du Vatican à l’Elysée !

 

 

A vouloir tout contrôler, tout imposer ; on finit par décider comme le gouvernement chinois en 2007 de faire édicter une circulaire par l’Administration d’Etat pour les affaires religieuses qui stipule strictement « les procédures à suivre pour pouvoir se réincarner ». En réalité, cela vise surtout à empêcher le Dalaï-lama de revenir au Tibet pour assurer sa succession. Mais c’est authentique, un gouvernement temporel et autoritaire vous dit comment vous pouvez et devez, vous réincarner ! Où est la tyrannie, où est l’intelligence ?

Notre Résolution du Conseil international condamne toutes les religions monothéistes. Il n’y en pas une pour racheter l’autre, toutes sont égales dans l’oppression et la barbarie. Et dans toutes, on trouve tout et son contraire. On dépeint souvent l’Islam comme la plus violente, la moins compatible avec la démocratie et la laïcité. Il n’y a jamais eu dans l’Histoire une religion qui a plié volontairement devant la démocratie et la laïcité. Quand on prétend connaître la Vérité, SA vérité que l’on veut imposer à tout le monde, on n’accepte jamais de gaité de cœur de devoir respecter l’absolue liberté de conscience des autres. La sienne, ce n’est jamais un problème, cela commence avec celle des autres. Pourtant, comme disait Rosa Luxembourg : « La liberté, c’est toujours celle de celui qui pense autrement. »

Nous avons déjà démontré à de multiples reprises qu’il n’existe aucun critère déterminant qui ferait de l’Islam une religion pire que les autres. Ce qui reviendrait à dire, en sous-main, qu’il en existerait de bonnes ou en tout cas de moins mauvaises ; suivez mon regard et aussi mon goupillon. Je vous livre la sourate 5/32 du Coran : « Quiconque tuerait une personne sans qu’elle soit coupable d’un meurtre ou de dommages importants sur Terre, c’est comme s’il avait tué l’Humanité entière. Et quiconque la ressuscite, c’est comme s’il ressuscitait l’Humanité entière ».

On trouve strictement la même chose dans d’autres textes dits « sacrés » et strictement  l’inverse aussi, tant dans le Coran que dans le Bible. La question du contenu des textes religieux ne prouve donc rien en soi.  Il n’y a donc nul besoin d’avoir à faire des interpolations ou recourir à des palimpsestes pour « accommoder » la religion à une sauce non-tartare.

La question est sociale, la question est politique. Veut-on un monde débarrassé de la guerre, de l’exploitation, de la barbarie, de l’oppression et de l’obscurantisme ; ou veut-on le faire perdurer ? Selon la réponse qu’on apporte, alors on n’est pas dans le même camp. Et ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est un retour à l’Ancien-Régime : il y en qui prient, d’autres qui font la guerre et l’immensité qui produit et qui est exploitée, selon la classification faite par l’archevêque Adalbéron un peu avant l’an mil. A ceux qui sont exploités, on n’accorde aucun droit et quand ils en ont, on les remet en cause pour mieux les détruire.

 

 

Ceux qui prient et ceux qui font la guerre vivent comme des parasites sur le dos de ceux qui produisent. Comme le disait déjà Camille Desmoulins : « Les citoyens actifs, ce sont ceux qui ont pris la Bastille. Ce sont ceux qui défrichent les champs, tandis que les fainéants du Clergé et de la Cour, malgré l’immensité de leurs domaines, ne sont que des plantes végétatives. »  1789 appelle toujours 1793.

La question centrale, c’est l’émancipation. C’est pourquoi la Libre Pensée est laïque, démocratique et sociale, comme l’a posée la Motion Buisson du Congrès international de Rome de 1904.

Depuis que nous avons fondé l’Association internationale de la Libre Pensée le 10 août 2011 à Oslo en Norvège, nous avons tenu un congrès par an. Dans une deuxième phase, nous allons certainement procéder à un congrès triennal, maintenant que les choses sont fixées et bien construites. Le prochain grand Congrès devrait donc se tenir dans le sud de l’Espagne, terre de contrastes et de rencontres en 2020.

Nous envisageons que le thème central de ce congrès mondial soit « Enseignement et Ecole laïque » et qu’il élabore en ce domaine d’importantes conceptions, comme le fit le Congrès de Rome de 1904 pour la Séparation des Eglises et de l’Etat. Contre la tyrannie de l’obscurantisme, nous en appellerons à toutes les intelligences.

Je vous remercie.

Christian Eyschen, Porte-parole de l’AILP

 

Retour