Fédération nationale de la libre pensée

17 septembre 2018

France-culture

La Libre Pensée sur France Culture - Dimanche 9 septembre 2018

Le manifeste de la Libre Pensée

 

Emission animée par David Gozlan, Secrétaire Général de la Libre Pensée.
Il reçoit aujourd’hui : Jean-Sébastien Pierre, et Christian Eyschen, respectivement Président et Vice-Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée. Christian Eyschen est également porte-parole de l’Association Internationale de la Libre Pensée.


David Gozlan : Le congrès de la FNLP vient de se tenir et il a adopté un manifeste de la Libre Pensée. Quelques mots avant d’y revenir. On peut dire aujourd’hui qu’il y a une recherche à regrouper les laïques et leurs associations. La Libre Pensée a toujours considéré que l’unité des laïques était un élément essentiel pour préserver la Loi de Séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905. Christian pourrais-tu revenir sur les actions de la Libre Pensée en la matière ces dernières années ?
Christian Eyschen : Oui bien sûr. Tout d’abord un petit mot d’actualité. On pourrait penser que la loi de 1905 c’est ancien, c’est daté et donc pourquoi en traiter ? L’actualité est assez étonnante avec Emmanuel Macron car on nous annonce coup sur coup qu’on allait rétablir un impôt sur le sel (pour notre bien, bien sûr), cela s’appelait - sous l’Ancien Régime - la gabelle, et que ce n’était plus les fonctionnaires du service public qui allaient prélever l’impôt mais les patrons. C’est à dire le retour des fermiers généraux. Bien évidemment la loi de 1905 par rapport à ça a un étonnant coup de jeune et ce que nous voulons faire nous, la Libre Pensée, c’est défendre cette loi, toute cette loi, rien que cette loi, que nous estimons menacée. C’est pour cela que depuis des décennies nous combattons pour la défendre, la rétablir dans des dispositions qui ont été abrogées par le Régime de Vichy et qui n’ont jamais été rétablies à la Libération, et nous pensons qu’aujourd’hui le combat qui va engager toute la société est l’offensive d’Emmanuel Macron et de son gouvernement contre ce principe de liberté de conscience de la loi de 1905. Mais nous allons en discuter au cours de cette émission.


D.G. : Et toi Jean-Sébastien sur ces actions de la Libre Pensée qu’est-ce que tu peux en dire ?


Jean-Sébastien Pierre : Dans le cadre de la défense de la loi de 1905 dont Christian a très bien posé les principes, nous avons mené toute une série de campagnes et d’actions juridiques depuis de nombreuses années en ce concerne la réinstallation de symboles religieux dans les bâtiments publics. C’était une histoire incroyable, une série de provocations dans lesquelles on voyait apparaître dans les mairies, dans les Conseils généraux et régionaux, des crèches de Noël (crèches catholiques).
On voyait apparaître sur des places publiques, en dépit de l’article 28 de la loi de 1905 qui prévoit explicitement « qu’aucun emblème religieux ne doit être apposé dans l’espace public », des statues de la vierge ou comme à Ploërmel une statue géante de Jean-Paul II surmontée d’une croix monumentale.
Nous avons attaqué la plupart de ces délibérations et presque gagné à chaque fois avec en plus quelque chose qui a fait d’énormément d’effet dans la jurisprudence de ce pays : l’arrêt du Conseil d’Etat concernant la chose, qui a très bien défini et très clairement, les seuls cas imaginables dans lesquels ce genre de choses pourraient se faire. Cela nous a permis de gagner dans un très grand nombre de cas. En particulier dans des endroits comme Béziers, Amiens, Ploërmel et Publier.
De ce point de vue-là nous avons défendu de façon pratique l’article 28 de la loi de 1905 et qui plus est dans tous les endroits où nos fédérations ont agi cela a pu se faire de manière unitaire avec les autres composantes du mouvement laïque.


D.G. : Ces actions ont mené à l’organisation d’un meeting en 2015.
Christian, la France a connu en 2015 une année d’actes barbares. La Libre Pensée avait prévu en l’occurrence de manifester mais l’Etat d’urgence et la proximité des attentats nous ont amené à faire un meeting à Japy. Dans le milieu laïque c’est à la fois la continuité et le début d’un rassemblement des laïques, peux-tu revenir dessus et sur cette dynamique ?

 

C.E. : C’est effectivement un début et aussi une fin. On a connu dans les 30 à 40 dernières années toute une offensive politique, religieuse, culturelle voir philosophique pour promouvoir un produit un peu frelaté qui s’appelait la laïcité ouverte. La Libre Pensée est la seule organisation historique et traditionnelle de la laïcité dans ce pays qui a refusé ce principe de laïcité ouverte, plurielle, moderne, ouverte à tous les vents et notre ténacité à fait en sorte qu’aujourd’hui plus personne ne parle de la laïcité ouverte et de la laïcité plurielle, et même ceux qui en parlent, courageusement d’ailleurs, disent qu’ils ont fait une erreur d’en parler à cette époque et que ce concept est totalement faux.
Nous avons fait ce meeting en 2015. Nous voulions faire une grande manifestation de rue pour le 110ème anniversaire de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat mais malheureusement les évènements nous ont interdit de le faire. La manifestation nous a été interdite par la Préfecture de Police de Paris et donc nous avons dû nous rabattre sur un meeting en salle (Jappy) qui a réuni 2500 personnes. Une grande diversité d’associations laïques a pris la parole. Associations très diverses dans leurs objets, leurs positions, leurs affinités, mais qui se sont rassemblées avec la Libre Pensée, à égalité, pour dire « Il faut abroger la loi Debré », « Il faut défendre la loi de 1905 ». C’est un point de départ important qui nous a permis un an plus tard d’être à l’initiative de la publication d’un Appel des Laïques, qui a rassemblé la quasi-totalité du mouvement laïque, démocratique, syndical, politique, mutualiste, associatif et même humanitaire, sur cette question essentielle : il faut défendre la loi de 1905 !
Ce meeting est la fin d’une période et le début d’une autre, qui s’ouvre. Nous allons aujourd’hui pouvoir nous rassembler dans notre diversité des associations laïques, pour engager un débat décisif pour la défense de la loi de 1905.

 

D.G. : La Libre Pensée a donc adopté un manifeste, manifeste que vous pouvez retrouver sur le site fnlp.fr, dans lequel il est écrit entre autres : « Aujourd’hui, les plus grandes menaces pèsent sur la loi de Séparation de 1905 ». Christian est revenu sur ces menaces en début d’émission mais je pense qu’il faudrait être plus précis pour tous ceux qui nous écoutent. Jean-Sébastien : Comment cela ? En quoi ? Pourquoi ?

 

JS.P. : Il y a tout d’abord les initiatives qu’a pris le chef de l’Etat dans différents domaines. Tout d’abord en acceptant le statut de Chanoine de Latran ce qui est totalement contraire à la laïcité de l’Etat vu qu’il s’agit d’une charge ecclésiastique caractérisée.
D’autre part, il s’est livré devant les représentants des religions à toute une série de déclarations qui sont inquiétantes. La plus inquiétante d’entre elles étant devant la Conférence des Evêques, au couvent des Bernardins, dans laquelle il a osé parler de la réparation du lien abimé entre l’Eglise et l’Etat, ce qui est tout à fait extraordinaire et tout à fait contraire à la loi de 1905 puisque le lien entre l’Eglise et l’Eta t n’a pas été abimé mais le lien a été rompu. Normalement il n’y a plus de lien entre l’Eglise et l’Etat.
D’autres part, dans la même veine, toujours au couvent des Bernardins, Emmanuel Macron s’est adressé aux gens d’église en les appelant à s’investir plus que jamais dans la politique. Ce qui est là aussi totalement contraire à l’esprit de la laïcité qui sanctionne une double incompétence : l’incompétence de l’Etat dans les affaires de l’Eglise et l’incompétence des cultes dans les affaires de l’Etat.
Il ne s’est pas arrêté là. Cela a été moins médiatisé, mais il est intervenu devant les Eglises réformées, es qualité, auxquelles il a lancé également un appel à l’action politique, devant les autorités israélites et enfin devant les représentants du culte musulman à qui il a quasiment enjoint de se réorganiser pour faire un islam de France ! Ce qui est la réédition sous une forme curieuse du consistoire juif qu’avait inventé Napoléon en 1808 (si je me souviens bien), et c’était sur la base d’un Concordat.
Là, il nous annonce, en quelque sorte, une initiative multiconcordataire qui est absolument incompatible avec la loi de 1905. Pour cette raison là nous appelons bien entendu toutes les organisations laïques à défendre la loi par tous les moyens.
Christian, quelque chose à ajouter sur ces menaces ?

 

C.E. : L’actualité est très intéressante. Il y a quelques mois la majorité « En Marche », donc Emmanuel Macron, a voulu faire voter à l’Assemblée Nationale une disposition vidant la loi de 1905 de son contenu : l’interdiction de financement des cultes. Cela a été rejeté ce qui prouve qu’il y a des résistances.
Et puis Monsieur Macron, proche de M. Hollande lorsqu’il était à l’Elysée, ancien ministre, a participé à l’élaboration de la loi El Khomri, dite « loi travail » qui a remis en cause un principe fondamental sur la liberté de conscience dans notre pays, c’est que le salarié (le travailleur) reste, dans l’entreprise privée, un citoyen et il a donc le droit de s’exprimer. Les seuls astreints à une réserve sont les agents du Service Public, qui dans l’exercice de leur fonction doivent faire preuve de neutralité.
La loi El Khomri a essayé d’encadrer les consciences sur ces questions dans les entreprises privées. Bien évidemment en visant exclusivement les gens suspectés d’être musulmans avec la déclinaison islamisme et terrorisme !
Nous avons eu la joie et le bonheur d’apprendre il y a quelques jours que le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU avait enjoint la France à verser des indemnités à l’employée de la crèche « Baby Loup » injustement licenciée et de modifier le droit.
Nous vivons dans une situation où il y a à la fois des attaques contre la loi de 1905 mais aussi une résistance qui s’exprime et qui s’organise.
C’est exactement la même chose en ce qui concerne les élus. On s’aperçoit qu’un certain nombre d’élus municipaux ou autres, participent à des cérémonies religieuses dans le cadre de leurs fonctions, avec leur écharpe et ceci commence à être remis en cause avec ces protestations qui s’organisent.
Il y a une offensive générale contre la loi et la laïcité. On le sent bien.
Monsieur Macron n’a pas de base électorale puisqu’il a eu 17% des voix au premier tour des élections présidentielles. Il n’arrête pas de faire la tournée des popotes des religions. Jean-Sébastien l’a dit : juifs, musulmans, protestants, catholiques … Il leur délivre à chaque fois le même message : j’ai besoin de vous, aidez-moi.
Pourquoi a-t-il besoin des religions ? Pour mettre en place une société qui n’a plus rien à voir avec celle issue de la Révolution française, de la démocratie, des acquis sociaux. C’est la remise en cause, on le voit bien sur tous les terrains, de tous ce qui fonde une démocratie moderne et une démocratie de progrès. C’est pour cela qu’il a besoin des religions pour mettre en place cette œuvre réactionnaire.

 

D.G. : On voit donc bien qu’il y a une résistance qui s’organise. Le Manifeste qui vient d’être adopté au congrès est un des moyens de cette résistance. Que proposez-vous avec ce manifeste ?

 

JS.P. : Notre congrès national, qui a eu lieu à St Herblain au mois d’août, a demandé à toutes ses fédérations départementales de préparer des conférences publiques sur la loi de 1905 pour l’expliquer, la justifier, la défendre, devant les menaces qui pèsent sur elle et en invitant largement les militants laïques de toutes associations.
Par ailleurs notre congrès national, a décidé de proposer à toutes les associations amies, de préparer en commun dans l’union laïque la plus large, des rassemblements devant chaque Préfecture de département à l’occasion de l’anniversaire du vote du 9 décembre de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, pour être reçus par les représentants de l’Etat et porter l’exigence « ne touchez pas à la loi de 1905 ».
Cela amènera peut-être le Président de la République à répondre à une question que nous lui avons posée et pour laquelle nous n’avons pas obtenu d’audience : auriez-vous l’intention d’abroger, modifier la loi de 1905 ?
Nous nous adresserons à l’Etat à travers les Préfectures, pour présenter l’exigence des laïques, sur la question de ne pas toucher à la loi de 1905.

 

D.G. : Merci à vous deux.
Vous pouvez retrouver le Manifeste sur le site internet fnlp.fr
Rendez-vous est pris les 8 et 9 décembre devant les Préfectures !

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