Fédération nationale de la libre pensée

7 juin 2019

Communiqués

Gilets jaunes, pour un nouvel horizon social

Sous l’égide de la Libre Pensée

Présentation du livre et débat

Gilets jaunes,
pour un nouvel horizon social

Mardi 11 juin 2019

De 18H à 21H

Grande salle Ambroise Croizat

Bourse du Travail

3 rue du Château d’eau - 75010 Paris

(Métro : République)

 

La Libre Pensée invite les organisations syndicales Force Ouvrière, CGT, FSU, Solidaires à venir et à prendre place dans le débat

 

En avant-première de la présentation, un texte de Gérard Mordillat publié dans cet ouvrage :

 

La beauté et les humiliés

 

Il y a plusieurs façons de disqualifier le peuple. La forme médiatique la plus ordinaire est de faire répéter en boucle : « populisme ! » sur toutes les chaînes, sur toutes les radios. Les journalistes recrutés comme supplétifs du pouvoir politique se font alors accusateurs publics : tout ce que le peuple entreprend, tout ce qu’il dit, tout ce qu’il réclame, c’est du populisme, du populisme, du populisme. Et le populisme c’est l’horreur absolue pour la médiacratie du micro, de la plume ou de la caméra.

 

« Populiste », c’est l’anathème suprême comme « communiste » dans les années 1950. La classe politique, elle, se gargarise des « extrêmes » pour disqualifier le peuple. Ceux qui manifestent sont des extrémistes, tantôt de droite, tantôt de gauche, mais en tout cas « radicalisés », des ultras, des gauchistes, des fachos, des nihilistes. Les extrêmes, c’est la violence, le chaos, le désordre. Et le désordre, c’est l’horreur incarnée pour les bourgeois et les nantis du gouvernement, de la chambre ou du sénat, du MEDEF et de tout ce qui leur ressemble.

 

Mais comme le disait si bien Robespierre : « Peut-on faire une révolution sans révolution ? » Quand le populisme et les extrêmes ne suffisent pas, le sarcasme et le mépris sont une autre façon de disqualifier le peuple. Pour les éditocrates, les Gilets jaunes qui tiennent les ronds-points seraient des ploucs, des demeurés plus ou moins avinés qui décidément ne comprennent rien à rien et refusent de saluer tout ce que les winners de la start-up nation font pour eux : taxation exceptionnelle des carburants, augmentation du gaz, de l’électricité, baisse des APL, hausse de la CSG, désindexation des pensions de retraite, remise en cause des allocations-chômage, ruine du Code du travail et destruction des services publics, de l’hôpital, des chemins de fer, de la poste, etc.

 

Ces gueux sont trop bêtes pour apprécier les vertus du néolibéralisme, la beauté de l’optimisation fiscale, de l’évasion du même nom, la grâce des allégements de charges pour l’oligarchie du CAC 40 et autres cadeaux aux plus riches dont on a supprimé l’ISF, cette insupportable verrue sur la joue des fortunés « vêtus de lin blanc et de probité candide ». A bout d’arguments pour disqualifier le peuple, il y a enfin l’utilisation des symboles de la Shoah par messieurs Bernard-Henri Lévy et Cohn-Bendit suggérant que, par nature, les manifestations des Gilets jaunes seraient fondamentalement antisémites. Pour le premier, il ne faudrait plus parler d’une femme « gazée par les CRS », l’histoire interdirait à tout jamais l’usage de ce verbe, quant au second, le jaune des gilets lui rappellerait l’étoile que les nazis imposaient aux Juifs. Ces procédés sont aussi méprisables que ceux qui les utilisent.

 

 

 

Quand le populisme, les extrêmes, le sarcasme, l’outrance, l’injure ne suffisent pas à disqualifier le peuple, reste la peur comme arme de dissuasion massive. Tous les porte-paroles du gouvernement, ses domestiques, ses obligés, sont mobilisés pour faire peur à ces pieds tendres de Gilets jaunes : il va y avoir des morts ! Restez chez vous ! Ne sortez pas ! La police est sur les dents, l’armée aux portes des villes, tout est prêt pour un affrontement sanglant. Un seul mot d’ordre : rentrez dans le rang et obéissez, sinon gare ! M. Ferry, commandant du peloton d’exécution, est droit dans ses bottes : il faut que les forces de l’ordre fassent usage de leurs armes contre les manifestants ! Ce n’est pas « A mort ! » au cri de « Dieu le veut ! » des croisés, c’est « A mort ! Au nom du dieu Macron ! »

 

La tentation autoritaire – voire d’un néofascisme qui n’ose encore se désigner comme tel – affleure sur toutes les lèvres de la macronie déboussolée par la vindicte populaire (le contraire du populisme). Cette peur que le gouvernement veut propager n’est que le reflet de la sienne propre ; cette des gros, des gras, des repus, des Harpagon contemporains, horrifiés à l’idée de perdre leur fortune et leur pouvoir comme leurs ancêtres du temps de la Commune de Paris. Mais un pouvoir qui a peur de son propre peuple, pour le coup, se disqualifie. Et il ne suffira pas de remplacer M. Philippe, M. Castaner voire M. Macron lui-même pour éteindre l’incendie qui se propage. Un clown chasse l’autre. Il n’y a pas d’autre issue que de restaurer la démocratie sur sa base fondamentale : « un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Face à la surdité et la cécité de ceux qui prétendent nous gouverner, encore une fois, et autant de fois qu’il sera nécessaire, il faut répéter l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

 

 

 

Lors des dernières manifestations, c’était honteux de voir la police déployée dans Paris comme dans une ville en état de siège, les manifestants cernés place de la République, à Saint-Lazare, sur les boulevards et partout ailleurs. Honteuses les fouilles au corps, les fouilles des sacs. Honteuses les images des lycéens retenus par les forces de l’ordre, à genoux, mains sur la tête comme au Chili sous Pinochet. Honteuses les centaines d’arrestations de Gilets jaunes simplement soupçonnés de vouloir en découdre. Terrible le décompte des yeux crevés, des mains arrachées, des blessures graves…

 

Madame Lagarde s’inquiète de voir arriver « l’âge de la colère », les pratiques gouvernementales feront bientôt sourdre l’âge de la haine. Car ce conflit est un conflit de classes, de haine de classes. Certains font la fine bouche, arguant qu’on trouve parmi les Gilets jaunes des hommes et des femmes de droite, d’extrême-droite, d’extrême-gauche, de gauche, de rien et nulle part, des désespérés, des excités, des braillards, des féroces, des mauvais, des bons, des indignés, des révoltés… le peuple en somme dans sa diversité, comme il provoqua la Révolution ou anima la Résistance. Et c’est ce peuple qui s’insurge au nom du plus sacré de ses droits et du plus indispensable de ses devoirs.

 

Comme l’écrivait Albert Camus : « Il y a la beauté et les humiliés. Quelle que soit la difficulté de l’entreprise, je voudrais ne jamais être infidèle ni à l’une ni aux autres. » En Mai 68, la beauté était dans la rue, en novembre 2018, ce sont les humiliés qui y sont. Quelle que soit la difficulté de l’entreprise je ne voudrais jamais être infidèle aux combats de ma jeunesse ni à ceux d’aujourd’hui.

 

Libération.fr - 10 décembre 2018

 

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