Fédération nationale de la libre pensée

15 octobre 2019

Editorial

Derrière l’apparence des mots, la réalité des faits

Argumentaire sur le temps présent proposé par la Libre Pensée

Nous vivons actuellement une période de tension grandissante qui ne peut, si l’on ne prend garde, que déboucher sur des affrontements communautaristes violents. Tout un processus, on devrait dire un scénario, est écrit et se déroule méthodiquement. Tout est fait pour que les gens s’affrontent en fonction de présupposés ethniques, religieux, communautaristes, économiques et sociaux.

Comment ne pas se souvenir que lorsqu’existait encore la Yougoslavie, le FMI exigea la mise en place de plans structurels d’ajustements ? Une gigantesque grève générale éclata alors et mis en échec cette prétention. Quelques temps plus tard, se déchaînèrent des affrontements « intercommunautaires » sur des bases notamment religieuses, qui firent voler en éclat l’ex-Yougoslavie, et virent s‘affronter la Serbie, le Kosovo, la Macédoine, etc. Et les plans du FMI purent être mis en œuvre pour le plus grand bénéfice du Capital financier.

Sans faire une comparaison trop étroite (comparaison n’est pas raison), il apparaît que les mêmes ingrédients se mettent en place en France. Le gouvernement Macron/Philippe est pris d’une rage destructrice depuis 2017 (à la suite des gouvernements précédents) pour mettre en œuvre le plan prévu de longue date : abattre définitivement l’œuvre de 1936/1945 qui a bâti un système sur des acquis sociaux. Et sur le plan démocratique et institutionnel, mettre à bas l’œuvre de la Révolution française.

Tout doit y passer : les services publics, les hôpitaux, la Sécurité sociale, l’Ecole publique, les retraites, la loi de 1905, le droit d’asile, etc. Tout ce qui a été arraché contre l’exploitation, l’oppression, l’inégalité ; tout est condamné à disparaître.

Mais sous différentes formes, souvent originales, une résistance s’exprime, soit par le canal des élections (vote Mélenchon et abstentions au deuxième tour des présidentielles), soit par des grèves (les urgentistes), soit par le mouvement des Gilets jaunes, soit par une tension puissante dans l’Education nationale contre les conditions épouvantables imposées par Blanquer et qui débouchent sur des drames, soit par des formes plus classiques comme la grève à la RATP, annonciatrice sans doute d’un mouvement d’ensemble de rejet de la politique de Macron..

Pour éviter toutes convergences possibles, le pouvoir tente d’opposer les uns aux autres : les salariés du privé aux fonctionnaires, les professions libérales aux salariés, les malades contre les soignants, et même la police contre les citoyens, etc. Il n’y a pas une catégorie de la société qui n’est pas appelée à taper sur les autres composantes et à les dénoncer.

La question religieuse est instrumentalisée avec force. Bien sûr, les tenants du pouvoir dénoncent les musulmans comme tous potentiellement terroristes. Ce sont les premières victimes désignées à la vindicte. Lors de son audition à l’assemblée nationale, Christophe Castaner a indiqué la théorie des faisceaux d’indices qui ne font pas la radicalisation, mais permettent d’attirer l’attention sur la possible radicalisation (une conversion à une religion, la barbe et sa longueur). Aucune preuve tangible et réelle, mais tous suspects ? C’est la France réduite aux aguets.

On nous refait le coup de la Ve Colonne

Voici quelques morceaux de choix glanés dans la presse : « Le Président de la République a appelé "la nation toute entière" à "se mobiliser" face à "l'hydre islamiste", en louant "l'irréductible esprit français de résistance". (Source : l’Express.fr)

D'un ton martial, le Président a appelé "chaque citoyen" à "un regain de vigilance et de civisme" pour "savoir repérer à l'école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi, les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement d'avec les valeurs de la République." (Source : pressfrom.info)

Une mise à contribution du citoyen déjà affirmée deux ans plus tôt, dans l'édition 2016 du plan Vigipirate, qui indiquait que "par son comportement responsable, tout citoyen contribue à la vigilance, à la prévention et à la protection de la collectivité contre les menaces terroristes."  (Source : l’Express.fr)

Bien entendu, la xénophobie se déchaîne pour des intérêts inavouables. Ici, c’est Blanquer qui dénonce une affiche de la FCPE qui ne lui plait pas. On n’a jamais vu un ministre se mêler des élections chez les parents d’élèves et là, certains trouvent cela très bien, c’est pour la « bonne cause ». De plus, par ses mots, le ministre Blanquer intime aux enseignants du Premier degré de s’instituer comme police des cultes, ce serait à eux de définir qui doit accompagner, qui ne le doit pas, école par école, au cas par cas. « Ecole de la confiance » ou école de la défiance ? Là, des polémiques sont instrumentalisées contre le Planning familial qui entend se soustraire aux polémiques religieuses et différentialistes pour ne s’occuper que de sa mission auprès des femmes en demande d’aide.

Tout le ban et l’arrière-ban des soutiers du Vieux-Monde s’en donnent à cœur joie. L’un dénonce la vague migratoire, l’autre trouve normal d’avoir des phobies, des micro-associations qui ne représentent qu’elles-mêmes et encore, en rajoutent et se font les supplétifs du pouvoir pour quémander quelques prébendes.

Voici ce que cela peut donner d’obéir aux injonctions du Président de la République : « https://www.huffingtonpost.fr/entry/julien-odoul-demande-a-une-mere-accompagnatrice-denlever-son-voile_fr_5da1887ce4b087efdbaebacc » En appelant à la délation publique, Emmanuel Macron porte l’entière responsabilité de cela. Quelle honte !

Il a été dit tout et son contraire dans cette affaire éclairante sur la xénophobie ambiante. Ainsi, Jean-Michel Blanquer Ministre de l’Education nationale de son état, et chaud partisan de la répression contre le voile musulman, déclare à BFMTV : « Nous ne devrions pas avoir de situation où l’on endoctrine les enfants dès le plus jeune âge ». La Libre Pensée ne peut être que d’accord, elle qui combat contre les baptêmes imposés aux enfants et qui demande la suppression de la mention de ces actes imposés dans les fichiers paroissiaux, quand c’est demandé par les baptisés de force.

Alors la Libre Pensée pose la question suivante à monsieur Blanquer :

Allez-vous vous prononcer contre les baptêmes imposés aux enfants, contre la circoncision et l’excision ineffaçables et soutenir la Libre Pensée dans son action pour la suppression obligatoire des mentions dans les registres paroissiaux ? Il faut supprimer l’oppression et la mention de l’oppression. Chiche, monsieur Blanquer ?

Dans ce concert réactionnaire, personne n’est en reste. Hitler avait son « bon juif », donc il faut « un bon athée » pour compléter le panorama pour alimenter les affrontements interreligieux. Voici donc la prose nauséabonde de Michel Onfray (Source : Patrie Info) :

« L’islamo-gauchisme ne concerne pas, hélas, que les gauchistes. Ce serait tellement simple si cette frange antisémite de la gauche était la seule à trouver systématiquement des excuses aux égorgeurs! Car, dans l’extrême-gauche historique, je songe aux trotskistes, on assimile Israël, l’argent, le capital, le capitalisme, le sionisme et les Etats-Unis afin de compagnonner avec l’islamisme sous prétexte qu’il serait la nouvelle avant-garde éclairée sur laquelle il faudrait s’appuyer afin d’en finir avec le capitalisme. L’islamiste d’aujourd’hui serait le prolétaire d’avant-hier. Si les seuls gauchistes pensaient ainsi, ce serait quantité négligeable.
Mais l’islamo-gauchisme concerne hélas une grande partie de La France insoumise. Dans ce parti, certains justifient et légitiment la cause islamiste, puis s’opposent aux souverainistes républicains et laïcs (admirer au passage l’orthographe. Il n’est de bons "laïcs" que de l’Eglise) qui ont mon soutien, mais que Mélenchon vire comme des malpropres - je songe aux récentes évictions de Djordje Kuzmanovic et de François Cocq, membre fondateur du Parti de gauche.

Je regardais une chaîne d’information continue qui commentait l’attentat de la préfecture de police de Paris. Nous étions dans les premières heures et on savait sûrement qu’un homme avait égorgé et tué quatre policiers à l’arme blanche dans le bâtiment et qu’il s’était converti à l’islam dix-huit mois plus tôt (disait-on alors - en fait une dizaine d’années). Le modus operandi de l’égorgement au couteau, les cibles républicaines, la conversion à une religion qui semble bien être la seule en France depuis des années à revendiquer des attentats mortels et à fournir le contingent de leurs acteurs - il n’y a en effet ni catholiques, ni juifs, ni protestants, ni bouddhistes, ni témoins de Jéhovah, ni sikhs, dans la liste des auteurs d’attentats qui ensanglantent le pays depuis des années - tout ceci ne suffisait pas : les journalistes, les éditorialistes se refusaient à l’évidence que tout cela ressemblait fort à un attentat terroriste. »

Chacun apporte sa petite pierre à la préparation de l’affrontement. Tous sont appelés, tous seront élus. On assiste à une véritable hystérie collective contre les musulmans. Et y-a-t-il un hasard si Macron, reprenant les vieilles recettes de Mitterrand, usées jusqu’à la corde, engage un débat sur l’immigration pour mieux mettre de la chair autour de l’os de l’extrême-droite ? Dans le barnum médiatique, on peut faire flèche de tout bois.

L’extrême-droite se jette dessus et en même temps renvoie les « bien-pensants » à leurs origines. Voici ce que publie Boulevard Voltaire, histoire de se rappeler aux bons souvenirs de certains pour rappeler le passé et donc « amnistier » un peu leurs ancêtres :

 

 

S’il faut dénoncer les musulmans aujourd’hui, peut-être fallait-il dénoncer les Juifs hier ? Cruels avec Macron et ses subsidiaires.

Force est de constater aussi que derrière tout cela se cache la promotion de l’Eglise catholique, comme « valeur éternelle » de la France ! Tout le cinéma sur l’incendie de la cathédrale de Paris ne vise qu’à cela. L’Eglise serait le dernier rempart (comme à la fin de l’Empire romain) contre les hordes barbares.

Tous ceux qui protestent véhémentement contre un voile, une barbe ou une babouche, se taisent quand il s ‘agit des milliards volés à l’Ecole publique pour le profit de l’enseignement catholique. Il y a sans doute des priorités …

Par exemple, quel écho a eu cette information du Syndicat Force Ouvrière du Muséum d’histoire naturelle :

« Chères et chers collègues,
Permettez-nous de soumettre à votre jugement la mise en perspective d'une citation, celle de notre Président, M. Bruno David, qui, dès la première page de sa déclaration d'intention, diffusée le 3 septembre 2019, invoque les valeurs du Muséum :  « Il est garant d'une indépendance vis-à-vis des pressions idéologiques comme spirituelles sur les contenus scientifiques. Il s’appuie ainsi sur un socle laïque, ce qui signifie corrélativement que le Muséum n'est pas prescripteur d’opinion et laisse à chacun sa liberté de penser. » Avec cet extrait du message diffusé sur la liste Intranet du MNHN dès le 1er octobre de la même année : « [...] le Collège des Bernardins conjugue assise théologique et ouverture sur le monde. Interdisciplinarité, dialogue entre experts et théologiens, rencontre entre chercheurs, praticiens et artistes forgent sa singularité. »
Message qui concernait l'annonce d'un événement off de la Nuit Blanche, dans le cadre d'un partenariat entre le MNHN et ce Collège des Bernardins, institution religieuse notoirement soutenue par le pape Benoît XVI : « Que les savoirs ne se referment pas chacun sur soi, mais qu’ils s’ouvrent les uns aux autres ; et qu’ainsi mis en conversation, ils s’ouvrent à la Révélation chrétienne qui communique une vérité éternelle. »
En tant qu'organisation syndicale attachée aux valeurs républicaines, nous demandons que neutralité religieuse et principe de laïcité dans la Fonction publique soient respectés et appliqués par le Muséum. »

Aller à la Mosquée, non. Mais un partenariat entre une institution scientifique de la République et le Collége des Bernardins (là où Macron a déclaré vouloir réparer le lien abimé entre l’Eglise et l’Etat) : aucun probléme. Ainsi soit-il…

Dans cette situation, que doit faire la Libre Pensée ?

Faut-il se taire pour être dans la « bienpensance » et ne pas avoir d’histoires et subir des polémiques ? Faut-il participer à la curée contre nos concitoyens d’origine arabo-musulmane, car l’Islam serait « la pire des religions » ? Il y en aurait de bonnes ? Ou faut-il ne pas accepter et le dire quand il le faut. Alors, comme hier, la Résistance ou la Collaboration, Munich ou Londres ?

C’est pourquoi la Libre Pensée n’a pas dénoncé la FCPE, même si on peut avoir l’avis que l‘on veut sur son affiche électorale. C’est pourquoi, elle défend aussi la liberté du Planning famiial de décider souverainement de ses choix.

Voici un extrait du message de la Libre Pensée à l’occasion du 30e Congrés du Planning famiial :

« Nous avons eu cette année, avec nos amis de la Ligue de l’Enseignement et de la Ligue des Droits de l’Homme, à défendre et soutenir le Planning familial de l’Isère dans ses prises de positions courageuses. Nul n’a le droit d’imposer à quiconque, en dehors des dépositaires de la puissance publique dans l’exercice de leurs missions, dans le domaine privé une « police du vêtement », si manifestement contraire à l’exercice de la pleine et entière liberté de conscience.
L’indispensable combat contre toutes les oppressions que subissent les femmes,  fussent-elles vestimentaires ou autres, nécessitent d’autres méthodes  La campagne réactionnaire actuelle, contre le port du burkini à la piscine ou celui du voile dans la rue, nous rappelle de biens tristes périodes.
Dans son livre "L'églantine et le muguet", Danielle Sallenave  nous rappelle qu'en 1958, en Algérie, on menait l'action "en faveur de la femme musulmane" : "De grandes "cérémonies de dévoilement"  sont organisées à Alger en 1958, patronnées par les épouses du général Massu et du général Salan. Frantz Fanon y voit non une libération, mais une forme d'oppression. La question du voile qui nous obsède aujourd'hui s'éclaire en partie quand on se souvient de cet épisode et de la profonde ambiguïté de toute émancipation quand elle est dictée "d'en haut" " (P.155)
Ces oppresseurs de tous genres ne font que répéter le fameux « compelle intrare » de « saint »-Augustin, le « forcez-les d’entrer » qui fut le père de toutes les inquisitions, des bûchers et des massacres, en un mot de la barbarie. Il y a des gens, toujours les mêmes, qui savent mieux ce qui est bon pour l’Humanité que l’Humanité elle-même.
Et cette Inquisition des pensées et des comportements se fait toujours au nom d’un « Occident chrétien », jugé toujours plus positif que les autres civilisations, ramenées toujours à des termes de « barbares ».
A l’heure où le Mouvement français du Planning familial subit, à travers la question de l’obtention de subventions publiques, les plus lourdes pressions pour qu’il devienne « compatible » avec la pensée unique dans ce pays et dans ce gouvernement ; la Libre Pensée lui apporte son plus total soutien pour le maintien de son indépendance. »

Toujours moins de libertés individuelles et collectives

Un corset de fer d‘interdictions croissantes s’empare de la société. Que cela soit dans la liberté d’expression, d’association, de manifestation, un nouvel ordre semble s’imposer. Tout est prétexte pour faire taire les oppositions. Une fois que la « vérité révélée » est dite par les puissances du pouvoir, tout le monde est amené à s’y plier.

C’est « silence dans les rangs et je ne veux voir qu’une tête ». Mais la société résiste et rejette de manière croissante ce talon de fer qui voudrait la faire taire. Et oui, comme avait dit Galilée : « Et pourtant, elle tourne … ». L’avenir est en train de le démontrer dès à présent.

Cet argumentaire est soumis à la réflexion des libres penseurs et des laïques.

Que chacun apporte sa contribution à ce débat essentiel.

Que dire, que faire et avec qui ?

 

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