Fédération nationale de la libre pensée

11 septembre 2019

France-culture

La Libre Pensée sur France Culture - Dimanche 8 septembre 2019

 

David Gozlan, Secrétaire général de la Fédération nationale de la Libre Pensée, reçoit Jean-Sébastien Pierre, son Président.

 

David Gozlan : Bonjour. Je suis avec Jean-Sébastien Pierre Président de la Libre Pensée.

Jean-Sébastien Pierre : Bonjour.

D.G. : Le congrès de la FNLP vient de se tenir à Alizay dans l’Eure. Il a adopté plusieurs textes, et pour cette émission de rentrée je voudrais que nous revenions sur ces textes et pour commencer sur celui intitulé « Adresse du Congrès de la Libre Pensée au mouvement laïque ». Pourquoi ce texte ? Pourquoi s’adresser ainsi au mouvement laïque ?

JSP : Tout d’abord je voudrais dire que ce fut un congrès très ouvert, de réflexion et de prospective pour l’ensemble de la Libre Pensée. Le texte dont tu parles a effectivement tenu une grande place dans nos discussions.

Remontons au début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Tout le monde se souvient qu’il a rencontré la conférence des Evêques de France au couvent des Bernardins et que dans cette conférence il a tenu des propos extrêmements inquiétants selon lesquels il s’agissait de « réparer le lien abimé entre l’Eglise et l’Etat » ce qui est une déclaration relativement énorme puisqu’elle remet en cause de fait et immédiatement la loi de 1905 qui est justement la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

D.G. : et non de réparation !

JS. P. : Il n’est pas question de réparation puisque le lien n’a pas été abimé mais totalement rompu et bien évidemment c’est le contraire de ce qui peut être une logique concordataire dans beaucoup d’Etats : il n’y a pas de lien organique entre une Eglise, quelle qu’elle soit, et l’Etat. Par ailleurs il a laissé entendre plusieurs fois, qu’il fallait toiletter ou revenir sur la loi de 1905. Ceci a fortement inquiété les organisations laïques, la nôtre au premier chef mais pas seulement. En particulier, les organisations laïques se sont pratiquement toutes réunies le 28 février dernier à l’appel de la Libre Pensée et ont pris en considération ces menaces plus ou moins voilées, plus ou moins ouvertes sur la loi de 1905.

Plus récemment le Président de la République c’est livré à une rétractation orale en disant « ma conception c’est la loi de 1905 et rien que la loi de 1905. Elle se suffit à elle-même ». Certains s’en satisfont, mais à ce moment là nous avons immédiatement écrit à Emmanuel Macron en lui disant « puisque vous avez affirmé qu’il n’y aurait strictement aucune modification de la loi de 1905, voulez-vous s’il vous plait nous le préciser par écrit en répondant à cette lettre et en précisant par ailleurs que vous n’entendez faire aucune modification, ni législative, ni réglementaire ». Il nous a été strictement impossible d’obtenir une réponse à cette question.

D.G. : En espérant que le Président écoute France-Culture ce matin. Il entendra peut-être cette demande.

Pourquoi s’adresser aux mouvements laïques ? Vous avez bien redonné la chronologie des événements, sachant qu’il y a eu aussi plusieurs appels en décembre dernier autour de la défense de la loi de 1905.

Pourquoi s’adresser au mouvement laïque ?

JS.P. : Tout le mouvement laïque est concerné par cette affaire. Il a d’ailleurs montré par une cohésion de plus en plus grande son intérêt pour la question et par ailleurs la Libre Pensée est une composante à mon sens essentielle du mouvement laïque par bien des côtés. Ne serait-ce que parce que c’est une association qui a été historiquement la porteuse de la loi de 1905 elle-même avec Ferdinand Buisson, Aristide Briand et d’autres, et que bien évidement ça fait de nous d’un certain point de vue la conscience du mouvement laïque, mais la totalité du mouvement laïque est concerné par cette question et ne saurait se satisfaire de flou. Comme le dit notre appel « quand c’est flou c’est qu’il y a un loup ». Cela veut dire en tout état de cause que le Président de la République et l’exécutif refusent d’assurer qu’il n’y aura pas de modification de la loi.

IL faut dire en plus que, contrairement à ces affirmations, nous avons appris par d’autres associations, qui ont été traitées de ce point de vue-là de manière différenciée par rapport à la Libre Pensée et d’autres associations laïques, qu’il existait un document qui s’intitulait « Des pistes pour toiletter - ou rénover - la loi de 1905 ». Que ce document avait été transmis aux « autorités religieuses », nous nous ne reconnaissons aucune « autorités religieuses » bien entendu, mais chacun comprend de quoi il s’agit, et à un certain nombre d’associations. Nous jugeons par conséquent que la menace est toujours présente et que le mouvement laïque dans son ensemble, unanimement présent au congrès de la Libre Pensée, peut parfaitement s’en saisir.

D.G. : On voit bien par cette présence et par l’action des fédérations départementales de la Libre Pensée qu’il y a un fond laïque dans ce pays. Il s’exprime souvent quand la loi est menacée et on retrouve ces aspects dans la récente brochure Arguments « Quelques enseignements notre histoire » dans laquelle la Libre Pensée montre bien qu’elle reste vigilante. Quels sont les enjeux si la Loi est changée ? Quels sont les équilibres qui peuvent être remis en cause ?

JSP : Les enjeux sont à mon sens tout à fait considérables. Quant aux équilibres je dirai qu’il y a un équilibre fondamental qui est l’équilibre d’ensemble de la société laïque de ce pays et de notre constitution qui est une constitution de séparation. Par ailleurs je recommande absolument la lecture de la brochure qui vient d’être citée. Cette brochure est intéressante parce qu’elle couvre une période qui va de 1980 à nos jours avec énormément de détails sur ce qui a pu séparer ou rassembler le mouvement laïque.

Revenons un peu sur les enjeux de la loi de 1905. Le premier c’est la séparation. Elle est essentielle à tous point de vue car la séparation des Eglises et de l’Etat c’est la liberté absolue de conscience pour tous les citoyens. Quant au non financement (article 2 de la loi), il est souvent perçu comme une décision « retranchante » mais avant tous c’est pour garantir la liberté totale des cultes et l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi. Si l’on commence à mettre des conditions à un financement, d’abord c’est accepté le financement - ce qui est tout à fait contraire à la loi - et d’autre part c’est passer d’une logique de séparation et d’égalité à une logique concordataire. Les concordats sont des conventions particulières établies entre les Etats et les cultes. En France il n’y en pas, il n’y en a plus. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons lancé cet Appel au mouvement laïque avec la perspective d’un déplacement à Paris à une date qui n’est pas fixée, qui est mise en discussion dans les différentes associations.

D.G. : Un autre texte a attiré mon attention, il s’agit de l’Appel solennel du Congrès national de la Libre Pensée d’Alizay intitulé « Sommes-nous libres ? » Reconnaissez que le titre lui-même interpelle. Du titre au texte que pouvez-vous nous en dire ? Pourquoi ce questionnement ? Pourquoi ce texte ?

JSP : On peut effectivement s’en étonner. On peut aussi considérer que cette question est éternelle. Sommes-nous en démocratie ? Sommes-nous toujours en démocratie ? Nous avons vécu une période marquée par le mouvement des gilets jaunes et par divers mouvements de grève (Urgences, correcteurs du Baccalauréat) qui ont connus des réponses extrêmement brutales et en particulier une répression de rue dans des conditions que nous n’avions jamais vues depuis des années. Pour ma part je me souviens de 1968 et des années qui ont suivies pendant lesquelles la répression policière était extrêmement forte et là nous avons connus une répression extrêmement violente avec des gazages lacrymogènes généralisés, avec l’utilisation d’armes offensives comme les LBD 40 qui ont provoqués des blessés et des accidents graves. Le dernier événement en date étant la noyade de Steve Maia Caniço à Nantes, qui est en relation avec un épisode répressif très particulier contre la fête de la musique à Nantes, autrement dit contre une fête de jeunes et qui a bien évidemment soulevé l’indignation de la jeunesse.

Le deuxième aspect c’est une censure et des poursuites d’ordre politique vis-à-vis de toutes les voix qui s’expriment contre une certaine pensée unique. On voit aujourd’hui évoqué le devoir de réserve lorsque des fonctionnaires critiques leur hiérarchie, des décisions gouvernementales et on en voit même inculpés pour ces raisons-là. Or le devoir de réserve est très largement une invention en ce qui concerne les fonctionnaires. Pas totalement en ce qui concerne les fonctionnaires d’autorité (Préfets etc.), ceux qui sont au service direct de l’Etat, pour les autres le principe qui est dominant dans la loi de la fonction publique c’est la liberté absolue de conscience et de parole. Cette liberté de parole et de conscience est attaquée jusqu’à des détails extrêmement nouveaux.

Corine Masiero, comédienne populaire, qui a refusé de se rendre à l’Elysée, s’est vu tacler extrêment violemment par une bonne partie de la presse et même par des personnalités parce qu’elle n’aurait pas le droit de se soustraire à une invitation du Président de la République !

On a vu aussi une journaliste littéralement accablée parce qu’elle défendait le droit des scientifiques au doute et à la mise en doute de toute chose, ce qui est pourtant un des principes fondamentaux de la science.

Par conséquent, nous avons conclu que devant cette situation grave, et c’est la conclusion du texte que nous avons adopté : il faut défendre la liberté de conscience, la liberté d’organisation et la liberté de manifester, qui sont menacées.

David :  Elles sont d’autant plus menacées que l’on a vu aussi un Président qui, cet été, se permet de tacler des responsables étrangers (notamment la Russie) sur le maintien de l’ordre et ce genre de choses alors qu’il a lui-même un triste bilan !

Sur les libertés publiques, comme sur la laïcité, la Libre Pensée reste donc attentive, mieux militante. Quels sont les prochaines propositions sur ces terrains à la fois de la laïcité et des libertés publique ?

JSP : Sur la laïcité tout d’abord. Dans tous les départements nous allons préparer une journée autour de la laïcité le 20 septembre à laquelle nous allons convier tous nos partenaires, dans tous les départements de façon à ce que se soit une avancée vers un mouvement central en direction de la capitale. Je rappelle d’ailleurs que le 20 septembre est la journée internationale de la Libre Pensée, qui célèbre l’entrée des chemises rouges garibaldiennes par la porte Pia à Rome, abolissant les Etats pontificaux et par conséquent un régime de culte dans les institutions.

Se sera également une journée préparatoire à un congrès international qui se tiendra à Madrid en 2020 et qui aura pour thème principal « La laïcité de l’école dans tous les pays ».

Dans le cadre de la préparation de ce congrès nous allons également tenir un colloque très important à Marseille sur le thème « Laïcité et régime des cultes dans les institutions locales en Europe ».

David : Voilà un programme bien fourni que vous pourrez retrouver sur notre site internet.

Jean-Sébastien Pierre merci beaucoup pour cette émission.

 

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