Fédération nationale de la libre pensée

31 octobre 2019

Communiqués

Fusillés pour l’exemple de 1914-1918

Encore un pas en avant vers la réhabilitation collective !

Après l’inauguration du monument en hommage aux 639 Fusillés pour l’exemple de la Première guerre mondiale à Chauny dans l’Aisne, le 6 avril 2019, un deuxième pas très important  vient d’être réalisé.

Les Conseil exécutif de Corse et de l’Assemblée de Corse ont réhabilité les Fusillés pour l’exemple de Corse et demandent que tous le soient en France :

« Considérant que les Fusillés pour l’exemple de 14-18, les Corses comme ceux de l’Hexagone, de l’Outre-Mer et de l’empire colonial français, ont été condamnés et exécutés dans le cadre de procédures entachées d’arbitraire, relevant d’une justice d’exception et expéditive,

Saluent la mémoire de tous les soldats fusillés pour l’exemple, Corses comme de toutes origines et nationalités, et celle des soldats condamnés au bagne ou à la prison dans des conditions constitutives d’injustice et d’arbitraire, ainsi que des victimes disparues dans le cadre d’exécutions extra-judiciaires, individuelles et collectives.

Déclarent donc solennellement la réhabilitation collective des fusillés insulaires pour l’exemple ;

Espèrent que cette initiative propre à la Corse sera un levier susceptible, au soutien des autres démarches engagées, d’ouvrir une nouvelle étape dans la mobilisation sur le sujet, au-delà de l’île et dans les institutions de la République, pour parvenir à ce que le processus permettant de conduire à la réhabilitation collective de tous les fusillés pour l’exemple de la guerre 1914-1918 soit enfin inscrite dans la loi. »

 

Ce que l’Assemblée de Corse a fait, l’Assemblée nationale doit le faire. Tel est le sens d’une proposition de loi faite par la Libre Pensée et soumise à différents Groupes parlementaires.

 

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Communiqué de presse de la Fédération de la Corse de la Libre Pensée

La Fédération de la Libre Pensée de Corse salue la résolution de l’Assemblée de Corse sur la réhabilitation des fusillés pour l’exemple du 25 octobre 2019.

  • Elle s’honore de faire partie, de « ceux qui, en Corse et ailleurs, depuis des années, se sont mobilisés, ont lutté et luttent encore pour la réhabilitation des fusillés ».
  • Elle entend faire connaitre dans l’opinion publique, avec la Fédération nationale de la Libre Pensée, cette résolution qui constitue un moment important dans la campagne pour la réhabilitation de tous les fusillés pour l’exemple.
  • Elle félicite hautement les responsables de la majorité  « Pé a Corsica » d’avoir pris l’initiative d’une telle résolution et l’ensemble des élu-e-s de l’avoir votée.
  • Elle remercie tous les acteurs et tous les partisans qui ont aidé au vote de cette résolution qui constitue un grand acte démocratique.

C’est un grand acte démocratique parce qu’elle prouve que l’on peut rester fidèles à ses valeurs et être responsable politique.

C’est un grand acte démocratique parce qu’au moment où  les pouvoirs gouvernementaux ne cessent d’expliquer ce qui est souhaitable ou pas dans la vie de chacun, cette résolution de l’Assemblée de Corse réunit au lieu de diviser, rassemble au lieu de stigmatiser.

Au moment où certains jouent leur petite et sinistre musique xénophobe, l’Assemblée de Corse dans ce texte de haute portée morale et humaniste salue « la mémoire de tous les soldats fusillés pour l’exemple, Corses comme de toutes origines et nationalités». Aucune discrimination parce que la justice est contraire à la discrimination.
La justice est pour tout le monde ou pour personne.

Sans esprit de parti ni esprit de clocher, l’Assemblée de Corse se comporte comme toute Assemblée digne de ce nom devrait se comporter. Il n’est pas interdit de suivre son exemple.

L’Assemblée de Corse, par ce texte remarquable, pose devant toutes et tous, une question à laquelle personne, maintenant, ne peut plus se soustraire. Si l’Assemblée de Corse  déclare « solennellement la réhabilitation collective des fusillés insulaires pour l’exemple », qu’est-ce qui empêche l’Assemblée Nationale d’en faire autant ?

LP20 / 28.10.2019

 

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Résolution solennelle du Conseil exécutif de Corse et de l’Assemblée de Corse demandant la réhabilitation des soldats, corses et de toutes origines et nationalités, « fusillés pour l’exemple » durant la première guerre mondiale.

Vu la délibération n°11/188 AC de l’Assemblée de Corse, en date du 29 juillet 2011, portant adoption d’une motion relative au documentaire Fucilati in prima ligna et sollicitant la réhabilitation des soldats corses fusillés pour l’exemple, dont les termes sont tenus pour répétés dans le cadre de la présente résolution ;

Considérant que les Fusillés pour l’exemple de 14-18, les Corses comme ceux de l’Hexagone, de l’Outre-Mer et de l’empire colonial français, ont été condamnés et exécutés dans le cadre de procédures entachées d’arbitraire, relevant d’une justice d’exception et expéditive, ;

Que ces tribunaux militaires étaient composés de juges improvisés, souvent guidés par des préjugés xénophobes ;

Qu’ils faisaient comparaître des accusés en situation de faiblesse et de vulnérabilité psychique et physique, souvent victimes de syndromes traumatiques consécutifs à des bombardements intenses, parlant et comprenant mal le français, et privés des droits attachés à un procès équitable, y compris en temps de guerre ;

Considérant que la réhabilitation effectuée durant l’entre-deux-guerres de quelques victimes parmi lesquelles deux Corses, Joseph Tomasini et Joseph Gabrielli - lequel n’aurait, pour sa part, même pas dû être mobilisé en raison d’une déficience mentale - apparaît comme une mesure partielle et insuffisante ;

Considérant que seule une réhabilitation officielle et collective est conforme à l’exigence de justice des familles des fusillés, et de tout citoyen attaché aux valeurs de justice, d’humanité, et d’équité ;

Considérant que l’Etat n’a donné à ce jour aucune réponse à la première demande en ce sens de l’Assemblée de Corse, en date du 29 juillet 2011 ;
Que ce silence est d’autant plus douloureux et incompréhensible qu’un hommage officiel a été rendu par le Ministre délégué aux Anciens Combattants, en novembre 2012, à un soldat continental injustement passé par les armes, suite à une lettre adressée à l’Elysée en juin 2012 par des collégiens de la région de ce fusillé.

Considérant qu’après une velléité de règlement individuel des dossiers relevant de choix totalement arbitraires opérés par l’Etat entre les victimes, et a qu’aux termes d’effets d’annonce, de tergiversations et de mesures dilatoires, les autorités de la République ont finalement refusé en 2014 le principe de toute réhabilitation, qu’elle ait lieu après examen au cas par cas par une commission de spécialistes ou sous forme collective, ceci malgré une montée en puissance de la mobilisation sur le sujet, en Corse comme en France continentale.

Considérant que les collectivités de l’île, et singulièrement la Collectivité territoriale de Corse, mais aussi le peuple corse dans son ensemble, se sont fortement mobilisés et impliqués pour obtenir justice, et ce à travers plusieurs initiatives : associations œuvrant sur le sujet, pétition signée par des élus de tous bords et des centaines d’insulaires, motions votées par diverses instances délibératives, inscription en 2013 sur le Monument aux morts de Casabianca, apposition en 2014 à Auddè d’une stèle, publication d’un ouvrage de Frédéric Bertocchini et réalisation d’œuvres audiovisuelles sur le sujet, comme le court-métrage sorti récemment,  Aiò zitelli,  de Jean-Marie Antonini.

Considérant que, malgré le refus de l’Etat de tout règlement de cette question, les insulaires ne se sont pas résignés à mettre un terme à la mobilisation sur le terrain.

 

LE CONSEIL EXECUTIF DE CORSE ET L’ASSEMBLEE DE CORSE

 

Saluent la mémoire de tous les soldats fusillés pour l’exemple, Corses comme de toutes origines et nationalités, et celle des soldats condamnés au bagne ou à la prison dans des conditions constitutives d’injustice et

d’arbitraire, ainsi que des victimes disparues dans le cadre d’exécutions extra-judiciaires, individuelles et collectives.

Regrettent le refus persistant de l’Etat de reconnaître ces injustices dont le principe est avéré, ceci alors même que la France est, selon les historiens, la puissance occidentale qui a exécuté le plus grand nombre de ses propres soldats en 14-18.

Rendent hommage à tous ceux qui, en Corse et ailleurs, depuis des années, se sont mobilisés, ont lutté et luttent encore pour la réhabilitation des fusillés.

Souscrivent à la demande de réhabilitation de ces soldats et souhaite donner à cette décision sa dimension la plus officielle et solennelle.

Prennent acte, pour le regretter, de ce que les plus hautes autorités de l’Etat semblent être hostiles à toute procédure de réhabilitation, alors que d’autres pays comme le Canada, la Nouvelle Zélande et la Grande-Bretagne ont depuis des années engagé une telle démarche ;

Décident en conséquence de ne plus attendre un éventuel texte de loi pour prendre une position déclarative officielle, pour ce qui concerne la Corse et les Corses ;

Déclarent donc solennellement la réhabilitation collective des fusillés insulaires pour l’exemple ;

Espèrent que cette initiative propre à la Corse sera un levier susceptible, au soutien des autres démarches engagées, d’ouvrir une nouvelle étape dans la mobilisation sur le sujet, au-delà de l’île et dans les institutions de la République, pour parvenir à ce que le processus permettant de conduire à la réhabilitation collective de tous les fusillés pour l’exemple de la guerre 1914-1918 soit enfin inscrite dans la loi.

 

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